
L’idée peut surprendre, mais réserver une table en ligne en dit beaucoup plus sur vous que vous ne l’imaginez. OpenTable, l’une des plateformes les plus utilisées en Amérique du Nord, fournit désormais à certains restaurants des étiquettes générées par l’IA qui résument vos habitudes culinaires, de votre préférence pour le vin rouge à votre tendance à rester longtemps à table. Ces informations sont déduites des additions passées, même si vous n’aviez pas réservé via l’application.
Cette fonctionnalité a été repérée par Kat Menter, hôtesse dans un restaurant étoilé au Texas et créatrice de contenus sous le nom Eating Out Austin. Dans une vidéo diffusée sur TikTok, elle montre comment OpenTable attribue des tags tels que buveur de cocktails, gros dépensier ou client qui annule fréquemment. L’outil peut même mettre en avant les utilisateurs qui publient beaucoup de critiques. Menter note toutefois que ces indications semblent parfois arbitraires, reliant par exemple un compte à des achats effectués par d’autres convives lors d’un repas partagé.
OpenTable recueille ces informations grâce à ses intégrations avec les systèmes de point de vente comme Toast ou Epos, qui gèrent les commandes et paiements dans de nombreux restaurants. Une fois le numéro de téléphone ou l’adresse courriel associés à un compte OpenTable, l’entreprise peut rapprocher une visite d’une identité, connaître les plats commandés, le montant déboursé et la durée du repas. Cette collecte est bien plus large qu’une simple réservation.
Selon Dominic Preston de The Verge, les données ne sont pourtant pas toujours aussi complètes pour tous les utilisateurs. Lors d’une demande d’accès à ses informations, il n’a trouvé qu’un historique de réservations et des notes sommaires comme première visite. OpenTable reste discret sur l’étendue réelle du partage de données. L’entreprise indique que les tags d’IA sont en phase bêta et réservés aux restaurants abonnés au plan Pro, et précise que l’IA sert surtout à classer des descriptions hétérogènes comme verre de cabernet pour en déduire vin rouge.
La politique de confidentialité de la plateforme laisse toutefois planer un flou. Elle évoque un partage de préférences culinaires et d’éléments liés aux visites passées, mais ne mentionne pas explicitement la transmission d’informations provenant de restaurants sans lien entre eux. OpenTable reconnaît collecter des données POS, mais décrit leur usage comme destiné à produire des statistiques de fréquentation. La communication officielle parle plutôt d’aperçus agrégés sur les clients, ce qui peut inclure un profil comme consomme souvent du vin rouge.
Les utilisateurs peuvent désactiver ce suivi en modifiant leurs préférences, notamment l’option Autoriser OpenTable à utiliser les informations du point de vente. À l’inverse de son concurrent Resy, qui limite le partage aux établissements d’un même groupe, OpenTable diffuse ces données à tout le réseau de restaurants partenaires.
Pour les restaurateurs, ces étiquettes ne remplacent pas les notes personnelles, souvent plus fines et mieux contextualisées. Dans certains établissements gastronomiques, les équipes consignent déjà les préférences, les allergies ou même les habitudes sociales des clients pour offrir un service plus attentif. Les tags algorithmiques d’OpenTable, jugés imprécis par Menter, risquent d’être interprétés avec prudence.
Cette évolution rappelle surtout que les services de réservation ne sont pas neutres. Ils servent aussi à nourrir un écosystème de données qui vise à mieux cibler les clients. Pour l’instant, l’impact concret sur l’accueil semble limité, les équipes de salle privilégiant toujours leur propre jugement. Comme le résume Menter, ces étiquettes ressemblent à des tuyaux anonymes et peu fiables. Le service dépendra surtout du restaurant et non d’une étiquette algorithmique.
Source : The Verge
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