
À San Francisco, un seul incident a suffi pour rallumer la contestation autour des véhicules autonomes. Le 27 octobre dernier, un taxi sans conducteur de Waymo a mortellement heurté Kit Kat, un chat très connu dans le Mission District. L’animal, adopté par le propriétaire de Randa’s Market, faisait partie du paysage depuis six ans. Il passait d’un commerce à l’autre, au point d’être surnommé le maire de la 16e Rue.
La disparition de Kit Kat a eu un retentissement immédiat. Des mémoriaux improvisés ont fleuri sur le trottoir, des fleurs ont été déposées, des dessins installés et même des monnaies numériques parodiques ont vu le jour. Des résidents affligés ont dénoncé la multiplication des robotaxis dans leur quartier. Certains se disent dépassés par une automatisation qu’ils n’ont pas choisie.
Selon le New York Times, Waymo confirme que l’un de ses véhicules a percuté le chat alors qu’il démarrait pour aller chercher des passagers. L’entreprise exprime ses condoléances mais rappelle que ses voitures génèrent 91 pour cent moins d’accidents graves que les conducteurs humains, selon une étude révisée par les pairs publiée par la société. La comparaison demeure sensible. D’après les données de la ville citées dans l’article, 43 personnes ont été tuées par des conducteurs humains à San Francisco l’an dernier. Aucun décès de piéton ou de cycliste n’a été attribué aux taxis autonomes.
L’incident ravive pourtant un vieux débat local. Des élus progressistes, dont la superviseure Jackie Fielder, demandent que les villes puissent réguler elles-mêmes les véhicules autonomes, actuellement autorisés au niveau de l’État de Californie. Ils avancent un argument simple : un conducteur humain peut être identifié et tenu responsable. Un véhicule autonome, non.
Waymo n’est pas un acteur marginal. Sa flotte atteint maintenant 1 000 véhicules dans la baie de San Francisco. Le service est devenu populaire chez les touristes, les parents qui commandent un trajet pour leurs enfants, et même certaines femmes qui estiment le robotaxi plus sécuritaire qu’un chauffeur humain. Les voitures blanches équipées de capteurs ne surprennent plus personne. Elles incarnent déjà une partie du paysage urbain.
Le drame de Kit Kat rappelle toutefois que l’acceptation sociale des technologies autonomes passe par une équation plus subtile que les seules statistiques de sécurité. Les véhicules autonomes sont perçus par certains comme une intrusion, un risque ou un symbole d’une ville qui change trop vite. Le New York Times souligne que plusieurs témoins ont tenté d’arrêter le robotaxi lorsqu’ils ont vu l’animal sous le véhicule, sans succès. L’absence de conducteur renforce le sentiment d’impuissance.
Dans une ville où les débats sur la mobilité, l’automatisation et la responsabilité technologique sont déjà vifs, la mort d’un chat peut devenir un point de rupture. Kit Kat n’était qu’un animal, mais il représentait un lien affectif partagé par un quartier entier. Sa perte force San Francisco à se demander comment concilier innovation et tissu social, sécurité et proximité, progrès et sensibilité urbaine.
Au-delà des statistiques, c’est cette tension-là que l’on ressent aujourd’hui sur la 16e Rue. Une question plus large s’impose : jusqu’où les citoyens accepteront-ils de laisser les machines circuler parmi eux, et à quel prix émotionnel et collectif.
Source : NYTimes
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