Netflix face à un pari de 82,7 milliards qui pourrait se retourner contre elle

L’annonce du rachat proposé de Warner Bros. Discovery pour 82,7 milliards de dollars marque un virage risqué pour Netflix. Le géant du streaming, jusque-là prudent et méthodique dans ses décisions stratégiques, tente cette fois un coup d’éclat qui pourrait lui coûter cher. Le prix offert correspond à 27,5 fois les profits attendus l’an prochain, un multiple qui dépasse largement les standards du secteur audiovisuel, alors même que l’acquisition exclut les chaînes câblées de WBD, responsables de la majorité de ses profits.

Sur le papier, l’opération marierait Netflix avec un studio historique et la plateforme HBO Max, tout en laissant CNN, TNT, TBS et Discovery en dehors de la transaction. Dans la réalité, les obstacles réglementaires pourraient dominer les prochains mois. L’ancien patron de WarnerMedia, Jason Kilar, rappelait d’ailleurs récemment qu’aucune initiative ne réduirait autant la concurrence à Hollywood que le rachat de WBD par Netflix. Convaincre les autorités antitrust que cette consolidation renforcerait le choix des consommateurs sera un exercice délicat, surtout lorsque HBO Max propose déjà les mêmes contenus que Netflix chercherait à intégrer.

Même si l’approbation est obtenue, Netflix devra absorber 50 milliards de dollars de dette, puis réduire les coûts pour alléger cette charge. La firme affirme que les économies prévues de 2,5 milliards abaisseraient la valorisation à 14,3 fois l’Ebitda, un ratio toujours supérieur à ceux de Disney ou Paramount Skydance. Les dirigeants insistent sur la puissance du catalogue Warner, des franchises Harry Potter à Batman. Mais la réalité du marché nord-américain, désormais proche de la saturation, limite la possibilité de gains importants en abonnés, un point que reflète déjà le recul de l’action Netflix au cours des dernières semaines.

L’argument selon lequel le rachat créerait des emplois dans l’industrie du cinéma peine à convaincre. Netflix prévoit des rationalisations administratives et des ajustements dans les dépenses de contenus, ce qui évoque bien plus une cure d’amaigrissement qu’une expansion des équipes. Cela s’ajoute au contexte d’une décennie où les actifs de Warner ont déjà subi plusieurs vagues de restructuration.

L’intérêt le plus tangible pour Netflix se situe ailleurs, du côté du marché publicitaire. Sa formule à bas prix financée par la publicité progresse lentement, freinée par la concurrence d’Amazon, Disney et Warner. En intégrant les savoir-faire de ce dernier, Netflix espère enfin accélérer. La dimension défensive de la transaction est tout aussi visible. En empêchant Paramount Skydance ou NBCUniversal de mettre la main sur WBD, Netflix limite la montée en puissance de rivaux capables de réduire son avance.

Certaines voix rappellent toutefois que si Netflix souhaitait vraiment acquérir Warner, elle aurait pu le faire lorsque l’action WBD stagnait autour de 7 dollars. Le fait d’attendre une mise aux enchères qui a fait grimper le prix à 27,75 dollars laisse penser que l’entreprise agit davantage par crainte stratégique que par conviction économique.

Pendant ce temps, la concurrence s’organise. Disney renforce son écosystème avec une version en streaming d’ESPN combinée à Disney+ et Hulu, une offre qui pourrait séduire les consommateurs réticents à multiplier les abonnements. Netflix, elle, cherche surtout à consolider sa position actuelle, sans garantie d’élargir son avance.

Cette acquisition, si elle aboutit, prolongerait les débats pendant plus d’un an. Si elle échoue, ce scénario déjà probable laissera Netflix affaiblie, après avoir consacré temps, énergie et crédibilité à une opération qui pourrait finalement ne jamais voir le jour. Une chose demeure : l’entreprise joue cette fois une partie beaucoup plus risquée que toutes celles menées jusqu’ici.

Source : The information

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