Microsoft promet de défendre la souveraineté numérique du Canada

Credit : Gemini

Microsoft engage plus de 7,5 milliards de dollars au Canada pour étendre son réseau de centres de données, avec une promesse centrale : renforcer la souveraineté numérique du pays. En visite à Ottawa, le président de Microsoft Brad Smith a précisé que cet investissement, étalé sur deux ans, permettra d’augmenter les capacités infonuagiques nationales, notamment en ajoutant des processeurs graphiques destinés aux charges d’intelligence artificielle. L’entreprise rappelle aussi avoir réservé au total 19 milliards pour le marché canadien entre 2023 et 2027.

Au cours d’un entretien, Brad Smith a insisté sur l’importance croissante de la souveraineté numérique. Selon lui, le contexte géopolitique depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et la multiplication des cybermenaces ciblant des organisations canadiennes poussent gouvernements et entreprises à revoir leur dépendance envers les géants américains des technologies. Ces préoccupations touchent particulièrement la gestion des données, au moment où les infrastructures alimentant l’IA deviennent stratégiques.

Pour Ottawa, l’enjeu est délicat. Le gouvernement souhaite multiplier les centres de données sur le sol canadien et soutenir des alternatives locales pour limiter les vulnérabilités, tout en profitant de la puissance technologique de multinationales comme Microsoft, Google, Amazon Web Services et Oracle. La crainte majeure demeure l’extraterritorialité du droit américain, qui permet à des tribunaux d’exiger l’accès à des données hébergées au Canada par des filiales de sociétés américaines.

Les autorités fédérales ont déjà réagi. Sous Justin Trudeau, un programme d’infrastructure destinée à l’IA souveraine a été lancé pour financer les centres de données, et l’actuel premier ministre Mark Carney poursuit cette stratégie avec la construction d’un nuage souverain. Le ministre de l’IA Evan Solomon, de retour d’une réunion des ministres du G7 à Montréal, a réitéré l’objectif d’aider le Canada à atteindre une autonomie stratégique, notamment grâce à des partenariats avec d’autres puissances intermédiaires comme l’Union européenne.

Microsoft assure pouvoir protéger les données sensibles malgré son statut d’entreprise américaine. La firme prévoit l’an prochain de permettre le traitement local des données utilisées par Copilot et d’offrir à ses clients gouvernementaux ou corporatifs la possibilité d’exécuter certains services sur leur propre infrastructure nuagique. Les données seront chiffrées, avec des clés que les clients pourront conserver eux-mêmes. L’entreprise s’engage aussi à contester devant les tribunaux toute demande d’accès jugée injustifiée.

Brad Smith affirme que Microsoft défendra également l’accès aux services en cas de pression politique. Il écrit que la société mènera toutes les démarches juridiques ou diplomatiques nécessaires si on lui ordonne de couper l’accès de ses services à des organismes gouvernementaux canadiens. Interrogé sur la façon dont l’entreprise réagirait à un ordre direct d’un président américain, il rappelle que Microsoft a déjà contesté des administrations devant les tribunaux et qu’elle continuera de s’appuyer sur les principes qu’elle juge essentiels.

Malgré cela, certains acteurs locaux estiment que les entreprises canadiennes présentent moins de risques géopolitiques. Des initiatives comme celles de BCE, Telus ou du fournisseur torontois ThinkOn, qui mise depuis longtemps sur la souveraineté des données, gagnent en importance dans ce contexte. Mais ces acteurs demeurent plus modestes que les géants technologiques et ne peuvent répondre seuls à l’ensemble des besoins nationaux.

Même au sein du gouvernement fédéral, la souveraineté numérique totale est jugée irréaliste, compte tenu de l’interconnexion mondiale des infrastructures. Brad Smith partage cette analyse. Une autonomie complète, affirme-t-il, ne favoriserait ni l’innovation ni la croissance économique. Selon lui, le défi consiste plutôt à mettre en place des mécanismes de protection solides, tout en maintenant les liens qui permettent au Canada de participer pleinement au développement de l’intelligence artificielle et du cloud.

Source : Globe and Mail

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