Starcloud exécute un modèle d’IA en orbite et relance la course aux centres de données spatiaux

L’aventure spatiale de Starcloud vient de franchir une étape symbolique. L’entreprise américaine, soutenue par Nvidia, a réussi à faire tourner un modèle d’intelligence artificielle directement depuis l’orbite terrestre. Son satellite Starcloud-1, lancé le 2 novembre à bord d’une fusée SpaceX, est équipé d’une puce Nvidia H100, cent fois plus puissante que tout processeur déjà envoyé dans l’espace. Pour la première fois, un grand modèle de langage, Gemma de Google, fonctionne sur un GPU de cette catégorie en dehors de l’atmosphère.

L’objectif est clair, selon le cofondateur et dirigeant Philip Johnston : démontrer que l’espace peut accueillir des centres de données capables d’exécuter les mêmes charges de travail que celles des infrastructures au sol. Dans les essais réalisés, Gemma fonctionne normalement et peut répondre aux requêtes comme si elle était hébergée dans un nuage terrestre, preuve que les environnements orbitaux peuvent supporter des modèles lourds et complexes.

Starcloud voit dans cette approche une alternative à la pression croissante exercée par les centres de données traditionnels. Ces infrastructures pèsent déjà lourd dans les réseaux électriques et consomment des milliards de litres d’eau chaque année pour leur refroidissement. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que leur consommation électrique plus que doublera d’ici 2030. En orbite, les satellites de Starcloud pourraient réduire les coûts énergétiques d’un facteur dix et bénéficier d’un ensoleillement constant, sans variations liées à la météo ou aux cycles jour-nuit.

Le satellite Starcloud-1 démontre aussi que l’orbite peut devenir un lieu d’innovation computationnelle. Outre Gemma, l’équipe a entraîné NanoGPT, un modèle conçu par Andrej Karpathy, sur l’intégralité des œuvres de Shakespeare, transformant sa façon de s’exprimer. Pour Google DeepMind, qui supervise la famille Gemma, cette démonstration illustre la robustesse des modèles ouverts dans des environnements extrêmes.

L’entreprise ambitionne maintenant de construire une installation orbitale de cinq gigawatts grâce à d’immenses panneaux solaires et à une architecture conçue pour supporter des grappes de calcul de nouvelle génération. Un tel ensemble produirait davantage d’énergie que la plus grande centrale électrique américaine, tout en restant beaucoup plus compact et moins coûteux qu’une ferme solaire terrestre équivalente.

Les applications envisagées dépassent le calcul pur. Grâce à sa position et à ses capteurs télémétriques, Starcloud-1 est déjà capable d’analyser en temps réel des images satellite issues de partenaires comme Capella Space. Cela pourrait permettre de repérer immédiatement un incendie naissant ou des embarcations en détresse. L’entreprise prépare aussi une nouvelle génération de satellites dotés de plusieurs GPU Nvidia H100 et de la plateforme Blackwell, ainsi qu’un module infonuagique issu de la jeune pousse Crusoe pour permettre aux clients de déployer leurs propres charges de calcul depuis l’espace.

L’idée séduit plusieurs acteurs du secteur technologique, malgré des risques bien réels. Des analystes soulignent les défis posés par les radiations, la maintenance en orbite, les débris spatiaux ou encore la régulation liée à la gouvernance des données et au trafic spatial. Mais l’accès quasi illimité à l’énergie solaire continue d’attirer les géants du numérique. Google explore son propre projet, Suncatcher, tandis que Lonestar Data Holdings prépare un centre de données sur la Lune. Même OpenAI examine des partenariats potentiels avec des fabricants de fusées.

Pour Nvidia, partenaire stratégique de Starcloud, ce premier test ouvre une porte sur un nouveau territoire de calcul. Selon Dion Harris, responsable des infrastructures d’IA, cette étape marque un prélude à une génération de centres de données orbitaux exploitant une énergie abondante pour alimenter les modèles les plus avancés.

Source : Starcloud, CNBC, NVIDIA

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