
Yann LeCun, figure majeure de l’intelligence artificielle et lauréat du prix Turing, prépare son retour à l’entrepreneuriat avec une ambition assumée. Selon des informations rapportées par le Financial Times, le scientifique franco-américain est en discussions préliminaires pour lever environ 500 millions d’euros afin de financer une nouvelle entreprise d’IA, une opération qui valoriserait la société à près de 4,8 milliards de dollars (3 milliards d’euros) avant même son lancement officiel.
Baptisée Advanced Machine Intelligence Labs, ou AMI Labs, la jeune pousse doit être dévoilée en janvier. Yann LeCun y occupera le rôle de président exécutif. Il a récemment annoncé son départ de Meta, où il occupait depuis douze ans le poste de chef scientifique en intelligence artificielle. Les négociations étant encore à un stade précoce, la valorisation comme le montant exact de la levée pourraient évoluer.
Pour diriger l’entreprise au quotidien, LeCun aurait choisi Alexandre LeBrun, fondateur de la start-up française de technologies de la santé Nabla. Cette transition a été confirmée par Nabla, qui précise qu’Alexandre LeBrun quittera son poste de chef de la direction pour prendre les commandes d’AMI Labs, tout en conservant un rôle stratégique au sein de Nabla comme président et chef scientifique en IA. Les deux entités ont par ailleurs conclu un partenariat de recherche.
Le projet d’AMI Labs s’inscrit dans une approche que Yann LeCun défend depuis plusieurs années. L’entreprise entend développer une nouvelle génération de systèmes d’intelligence artificielle dits « superintelligents », capables de comprendre le monde physique à l’aide de modèles dits de monde. Ces systèmes s’appuieraient sur des données visuelles et spatiales, plutôt que sur le langage seul, et intégreraient des fonctions de mémoire persistante, de raisonnement et de planification. Les applications visées vont de la robotique aux transports.
Cette orientation prolonge directement les travaux menés par LeCun au sein de Meta, notamment sur des architectures alternatives aux grands modèles de langage dominants. Si Meta ne figure pas parmi les investisseurs de la nouvelle société, le groupe de Mark Zuckerberg prévoit néanmoins un partenariat technologique, lui donnant accès aux avancées d’AMI Labs à des fins de commercialisation.
Le départ de Yann LeCun intervient dans un contexte de profondes restructurations chez Meta. Mark Zuckerberg a récemment recentré la stratégie du groupe sur des produits d’IA plus rapidement monétisables, au détriment de la recherche fondamentale menée par l’unité FAIR, fondée par LeCun en 2013. À l’automne, Meta a supprimé environ 600 postes dans ses équipes de recherche en IA. Plusieurs figures clés ont quitté l’entreprise ces derniers mois, dont Joelle Pineau, ancienne vice-présidente de la recherche en IA, désormais chez Cohere.
Avec cette nouvelle levée de fonds potentielle, Yann LeCun s’inscrit dans une dynamique plus large observée en 2025, marquée par des financements massifs accordés à des start-up d’IA très en amont de leurs produits. Le cas récent d’Ilya Sutskever, cofondateur d’OpenAI, qui a levé 2 milliards de dollars pour Safe Superintelligence sur une valorisation de 32 milliards, en est une illustration. Le pari des investisseurs est clair, miser très tôt sur celles et ceux qui pourraient définir la prochaine architecture dominante de l’intelligence artificielle.
Source : Financial Times
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