Adoption de l’IA en 2025 : la fracture numérique mondiale s’accentue

Credit : ChatGPT

L’adoption mondiale de l’intelligence artificielle a poursuivi sa progression en 2025, mais de manière très inégale selon les régions. D’après le AI Diffusion Report 2025 publié par l’AI Economy Institute, 16,3 % de la population mondiale utilise désormais des outils d’IA générative, soit environ une personne sur six. La hausse est notable pour une technologie encore récente dans les usages grand public.

Cette mesure repose sur des données agrégées et anonymisées issues de la télémétrie Microsoft, ajustées selon la pénétration d’internet, la part de marché des appareils et la population par pays. Les auteurs reconnaissent les limites de l’indicateur, mais estiment qu’il s’agit aujourd’hui de la comparaison internationale la plus solide pour suivre la diffusion de l’IA.

La tendance globale cache toutefois un déséquilibre croissant. Entre la première et la seconde moitié de 2025, l’adoption a progressé presque deux fois plus vite dans le Nord global que dans le Sud global. À la fin de l’année, 24,7 % de la population en âge de travailler du Nord global utilise l’IA générative, contre seulement 14,1 % dans le Sud global. L’écart s’est ainsi élargi à 10,6 points de pourcentage en quelques mois.

Les pays en tête du classement sont ceux qui ont investi tôt dans les infrastructures numériques, la formation et l’adoption gouvernementale. Les Émirats arabes unis dominent avec un taux d’utilisation de 64 % de la population active à la fin de 2025, devant Singapour à 60,9 %, puis la Norvège, l’Irlande, la France et l’Espagne. La stratégie des Émirats repose sur une planification de long terme amorcée dès 2017, bien avant l’essor des outils d’IA générative.

Dans ce contexte international, le Canada affiche une progression réelle, mais plus modérée. La part de la population canadienne en âge de travailler utilisant des outils d’IA générative est passée de 33,5 % au premier semestre de 2025 à 35,0 % au second semestre, soit une hausse de 1,5 point de pourcentage. Le pays se situe ainsi dans le peloton de tête, sans toutefois rejoindre les leaders mondiaux.

Ce niveau place le Canada au 14e rang mondial à la fin de 2025. Il se situe derrière plusieurs pays européens, dont la France, les Pays-Bas, la Belgique et la Suisse, ainsi que derrière des économies comparables comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Au second semestre, le Canada a été légèrement devancé par la Belgique, ce qui se traduit par un recul d’un rang dans le classement.

Comparativement aux États-Unis, le Canada affiche néanmoins un taux d’adoption plus élevé. Les États-Unis atteignent 28,3 % d’utilisateurs parmi la population en âge de travailler, malgré leur leadership mondial en matière de modèles d’IA et d’infrastructures. L’écart avec les pays les plus avancés demeure toutefois important, puisque les Émirats arabes unis affichent un taux presque deux fois supérieur à celui du Canada.

Ces chiffres suggèrent que le Canada bénéficie d’un socle numérique solide et d’une adoption déjà bien ancrée, mais que la diffusion de l’IA y progresse moins rapidement que dans les pays ayant misé sur des stratégies nationales très visibles, combinant politiques publiques, déploiements dans les services gouvernementaux et incitatifs à l’usage à grande échelle.

Credit : ChatGPT

À l’échelle mondiale, la progression la plus marquante de 2025 revient à la Corée du Sud. Le pays a gagné sept places en six mois pour atteindre le 18e rang mondial. Cette accélération s’explique par une combinaison de politiques publiques structurantes, d’améliorations majeures des modèles de langage en coréen et d’une appropriation rapide par le grand public, notamment dans l’éducation, le travail et les services publics. La Corée du Sud est désormais l’un des marchés de ChatGPT à la croissance la plus rapide, ce qui a conduit OpenAI à y ouvrir un bureau.

Un autre phénomène structurant de 2025 est l’essor de DeepSeek, une plateforme d’IA open source qui a connu une adoption rapide dans des régions historiquement moins bien desservies par les acteurs occidentaux. En publiant son modèle sous licence MIT et en offrant un robot conversationnel gratuit, DeepSeek a réduit de manière significative les barrières d’accès. Son adoption est particulièrement forte en Chine, en Russie, en Iran et dans plusieurs pays africains, où elle bénéficie de partenariats et de stratégies de diffusion associées à des groupes comme Huawei.

Cette montée en puissance illustre une réalité centrale de la diffusion mondiale de l’IA. L’adoption ne dépend pas uniquement de la performance des modèles, mais aussi de leur accessibilité, de leur compatibilité linguistique et du contexte économique et politique local. Les modèles ouverts et gratuits peuvent accélérer l’appropriation dans le Sud global, tout en soulevant des enjeux de gouvernance et de sécurité.

Au final, les données de 2025 dessinent un monde qui adopte l’intelligence artificielle à un rythme soutenu, mais de manière profondément inégale. L’IA transforme déjà les usages quotidiens, mais ses bénéfices se concentrent encore largement dans les économies les mieux préparées. Le défi des prochaines années sera de faire en sorte que cette diffusion contribue à réduire les écarts numériques, plutôt qu’à les renforcer.

Rapport : Global AI Adoption in 2025 (PDF)

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