IA : Microsoft avertit que la Chine prend l’avantage hors de l’Occident

Microsoft tire la sonnette d’alarme. Selon le groupe américain, la Chine est en train de prendre l’avantage dans la course à l’intelligence artificielle hors du monde occidental, en particulier dans les pays émergents.

Dans une entrevue accordée au Financial Times, le président de Microsoft, Brad Smith, affirme que les entreprises chinoises d’IA devancent désormais leurs rivales américaines sur le terrain de l’adoption, notamment en Afrique. En cause, une combinaison de modèles dits ouverts, à bas coût, et de subventions massives accordées par l’État chinois.

Le cas de DeepSeek est au cœur de cette analyse. Selon une étude interne de Microsoft, la sortie du modèle de langage R1, il y a un an, a accéléré l’adoption de l’IA dans le Sud global, grâce à son accessibilité financière. Le groupe chinois aurait ainsi conquis des parts significatives dans plusieurs pays africains, mais aussi dans des États où les technologies américaines sont restreintes ou absentes.

Toujours d’après ces données, la Chine aurait dépassé les États-Unis sur le marché mondial des modèles d’IA ouverts, souvent gratuits et librement modifiables par les développeurs. À l’inverse, les entreprises américaines comme OpenAI, Google ou Anthropic misent sur des modèles propriétaires, monétisés par abonnement ou via des contrats d’entreprise.

Brad Smith souligne que cette dynamique pose un défi structurel. Selon lui, les pays africains auront besoin de financements publics et internationaux pour bâtir des centres de données et absorber les coûts énergétiques, sans quoi les acteurs privés occidentaux ne pourront rivaliser avec des concurrents lourdement subventionnés.

Des voix locales nuancent toutefois cette lecture. À Accra, le chercheur Bright Simons, du groupe de réflexion IMANI, rappelle qu’il n’existe pas de méthode scientifique robuste permettant de mesurer précisément la domination de DeepSeek en Afrique. Il confirme néanmoins que les solutions ouvertes chinoises, au même titre que le modèle Llama de Meta, répondent à une contrainte centrale, le prix, tout en coexistant avec des modèles africains comme Masakhane ou InkubaLM.

L’enjeu dépasse la seule compétition technologique. Microsoft observe que l’adoption de l’IA reste largement concentrée dans les pays développés, avec près d’un quart de la population du Nord global utilisant ces outils fin 2025, contre 14 % dans le Sud. Pour Brad Smith, ce déséquilibre risque d’accentuer les fractures économiques existantes.

Il met aussi en garde contre les conséquences géopolitiques. Selon lui, un désengagement des entreprises américaines et des gouvernements occidentaux en Afrique ouvrirait la voie à des systèmes d’IA dont les valeurs ne seraient pas alignées avec les principes démocratiques. À ses yeux, ignorer l’Afrique aujourd’hui reviendrait à détourner le regard de l’avenir du monde.

Source : Financial Times

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