
Depuis plusieurs années, l’Iran préparait le terrain. L’objectif était clair, bâtir une version nationale de l’internet capable de fonctionner en vase clos, tout en permettant au régime de couper le pays du reste du monde en cas de crise. Ce projet, officiellement nommé National Information Network, a longtemps été présenté comme un outil de souveraineté numérique.
Dans les faits, cette architecture s’est révélée imparfaite. Lors des manifestations de novembre 2019, des Iraniens ont réussi à contourner les restrictions en utilisant des plateformes inattendues, y compris des services officiellement autorisés. Cet épisode a servi de signal d’alarme aux autorités, qui ont compris qu’un contrôle partiel ne suffisait plus.
La semaine dernière, le pouvoir iranien a changé de stratégie. Selon plusieurs experts en répression numérique, le pays a subi l’un des blocages d’internet les plus complets jamais observés. Même des journalistes et des responsables gouvernementaux disposant jusque-là de cartes SIM dites « blanches », censées garantir un accès sans restriction, se sont retrouvés déconnectés.
Contrairement aux coupures précédentes, cette fois, le blackout a touché presque tous les secteurs. Banques, distributeurs automatiques, sites gouvernementaux et services administratifs ont été affectés. Cette interruption brutale suggère une décision prise dans l’urgence, sans coordination fine, ce qui a temporairement mis hors ligne même l’infrastructure nationale censée rester opérationnelle.
Progressivement, le régime a réactivé certains services internes. Les paiements bancaires locaux, les stations-service et des plateformes de mobilité comme Snapp ont recommencé à fonctionner, mais uniquement à l’intérieur du pays. Le principe est désormais celui d’un internet presque entièrement « en liste blanche », où seules les applications jugées essentielles par l’État restent accessibles.
Malgré cette chape numérique, des images et des témoignages continuent de sortir du pays. Des militants et des membres de la diaspora ont misé depuis plusieurs années sur des solutions satellitaires, notamment les terminaux Starlink de SpaceX, rendus accessibles après une exemption aux sanctions américaines accordée en 2022. Ces connexions, parfois partagées entre plusieurs foyers, permettent de transmettre vidéos et informations vers l’étranger, au prix de risques considérables pour leurs utilisateurs.
Les autorités iraniennes tentent désormais de contrer ces réseaux parallèles, par des saisies d’équipements et, selon certaines sources, par des opérations de brouillage électronique. Les experts s’inquiètent toutefois surtout de l’après. Lorsque l’accès global à l’internet sera partiellement rétabli, il pourrait l’être sous une forme beaucoup plus contrôlée, inspirée du modèle chinois, avec une surveillance accrue et des filtres plus sophistiqués.
Source : Financial Times
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