L’adoption inégale de l’IA pourrait accentuer les écarts économiques mondiaux, prévient Anthropic

Les pays riches risquent de tirer un avantage disproportionné de l’intelligence artificielle, au détriment des économies moins développées. C’est l’avertissement lancé par Anthropic, qui observe une adoption nettement plus rapide de ses outils dans les pays à hauts revenus, sans signe clair de rattrapage du côté des pays à plus faible revenu.

L’analyse repose sur l’usage mondial de Claude, le robot conversationnel d’Anthropic, tant par les entreprises que par les particuliers. Selon les données, les économies développées utilisent davantage l’IA pour des tâches professionnelles et personnelles, alors que dans les pays moins riches, l’usage reste majoritairement cantonné à l’éducation. Pour Peter McCrory, responsable de l’économie chez Anthropic, cette dynamique comporte un risque clair. Si les gains de productivité se concentrent là où l’adoption est précoce, les écarts de niveaux de vie pourraient se creuser.

Les estimations internes d’Anthropic suggèrent que l’IA pourrait ajouter entre un et deux points de pourcentage à la croissance annuelle de la productivité du travail aux États-Unis au cours de la prochaine décennie. Les bénéfices seraient particulièrement marqués dans les métiers complexes et intensifs en connaissances. L’entreprise estime aussi qu’environ la moitié des emplois pourraient déjà utiliser l’IA pour au moins un quart de leurs tâches, contre un peu plus d’un tiers un an plus tôt.

Les usages varient fortement selon les régions. Les États-Unis, l’Inde, le Japon, le Royaume-Uni et la Corée du Sud figurent parmi les plus grands utilisateurs de Claude. Le Brésil et certains pays des Balkans se distinguent par un usage professionnel élevé, le Brésil devenant notamment un pôle important pour l’IA juridique. L’Indonésie se démarque, pour sa part, par un recours important à l’IA dans l’éducation et les travaux scolaires.

Dans les pays à faible revenu, l’IA est surtout mobilisée comme outil d’apprentissage, avec peu d’applications professionnelles. À l’inverse, plus le PIB par habitant est élevé, plus l’IA est utilisée pour le travail et pour des usages personnels. Anthropic note également que les utilisateurs les plus instruits tirent davantage de gains de productivité, car ils sont capables de formuler des requêtes plus complexes et d’exploiter plus efficacement les réponses générées.

Cette fracture ne serait pas seulement technologique, mais aussi économique et sociale. Selon McCrory, si l’adoption de l’IA repose uniquement sur les forces du marché, elle pourrait rester insuffisante dans de nombreux pays, faute de moyens financiers, de temps disponible ou d’un accès fiable à internet. Anthropic souligne aussi que les usages éducatifs se prêtent mieux aux versions gratuites de Claude, tandis que les applications professionnelles avancées nécessitent souvent des abonnements payants.

Pour tenter de réduire cet écart, l’entreprise cite des projets de littératie en IA menés avec le gouvernement rwandais, offrant à certains diplômés un accès prolongé à Claude Pro afin de faciliter le passage d’un usage scolaire à des applications professionnelles plus larges.

Ces constats rejoignent ceux d’autres acteurs du secteur. Microsoft observe également une adoption très inégale de l’IA à l’échelle mondiale. Son président, Brad Smith, avertit que si la fracture de l’IA n’est pas prise au sérieux, elle risque de prolonger et d’amplifier la grande division économique entre le nord et le sud.

En filigrane, une question s’impose. L’intelligence artificielle sera-t-elle un moteur de convergence économique ou un accélérateur des inégalités existantes. Pour l’instant, les données suggèrent que sans politiques ciblées, l’IA pourrait surtout renforcer l’avance des pays déjà les mieux placés.

Source : Financial Times

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