
Le Canada aborde 2026 comme l’un des marchés numériques les plus matures au monde. Selon les données compilées dans les rapports Digital 2026 de DataReportal, l’accès à Internet, l’usage des plateformes sociales et la multiplication des connexions mobiles atteignent des niveaux proches de la saturation. Cette maturité n’est toutefois pas synonyme d’immobilisme. Elle marque plutôt un changement de phase, où la question n’est plus celle de l’adoption, mais celle des usages, de la valeur créée et des dépendances structurelles qui en découlent.
Au Canada, la population franchit légèrement les 40 millions d’habitants. Plus de 95 pour cent des Canadiens utilisent Internet, un taux qui place le pays parmi les plus connectés de la planète. Le nombre de connexions mobiles dépasse la population totale, signe d’une multiplication des forfaits, des objets connectés et des usages professionnels parallèles. Les réseaux sociaux, eux, rassemblent plus de 33 millions d’identités actives, soit plus de quatre Canadiens sur cinq, même si ces chiffres incluent des comptes multiples et des usages non individuels.
Cette hyperconnexion s’inscrit dans un contexte presque entièrement urbain. Plus de 80 pour cent de la population vit en ville, ce qui facilite le déploiement des réseaux, l’accès aux services numériques et l’adoption rapide de nouveaux usages. Le numérique est devenu une infrastructure invisible, aussi essentielle que l’électricité ou l’eau courante. Le rapport montre d’ailleurs que la croissance annuelle des usages est désormais marginale. Le Canada n’ajoute plus des millions de nouveaux internautes, il affine ses pratiques.
C’est particulièrement visible dans la consommation de contenus. Le rapport mondial souligne un recul lent mais constant de l’usage du web traditionnel au profit des plateformes fermées. Le Canada n’échappe pas à cette tendance. Les Canadiens passent davantage de temps dans les applications sociales, les plateformes vidéo et les environnements de messagerie que sur les sites web classiques. La recherche d’information demeure la première motivation pour aller en ligne, mais elle transite de plus en plus par des interfaces intermédiaires, qu’il s’agisse des moteurs de recherche enrichis ou des outils d’intelligence artificielle générative.
Sur ce point, le Canada se situe clairement dans le peloton de tête. Le rapport global indique que plus d’un milliard de personnes utilisent désormais des plateformes de type LLM ou des services d’IA générative à l’échelle mondiale. Le Canada fait partie des pays où cette adoption est rapide, portée par un fort niveau de scolarisation, un écosystème technologique dynamique et une présence historique dans la recherche en intelligence artificielle. L’IA ne remplace pas les usages existants, elle s’y ajoute. Les moteurs de recherche restent dominants, mais ils cohabitent désormais avec de nouveaux réflexes conversationnels.
Cette maturité canadienne contraste avec la situation observée dans une partie de la francophonie. En France, l’accès à Internet est lui aussi élevé, autour de neuf habitants sur dix, et l’usage des réseaux sociaux concerne une large majorité de la population. Mais la dynamique est différente. Le rapport met en évidence un marché plus régulé, plus fragmenté, et souvent plus prudent face aux nouvelles plateformes, notamment lorsqu’il est question de données personnelles, de souveraineté numérique et de dépendance aux acteurs étrangers.
La France demeure l’un des pays européens les plus actifs en ligne, mais elle affiche un âge médian plus élevé que le Canada. Cela se reflète dans les usages. La consommation de vidéo en ligne progresse, mais à un rythme moins spectaculaire que dans d’autres régions. Les plateformes dominantes restent les mêmes, Google, YouTube, Facebook, mais les arbitrages entre information, divertissement et communication sont plus marqués. L’IA générative y progresse, mais avec un discours public davantage centré sur les risques, la régulation et l’impact sur l’emploi.
Dans le reste de la francophonie, les écarts sont encore plus nets. En Afrique francophone, la progression de l’accès à Internet se poursuit, mais elle part de plus loin. Les taux de pénétration demeurent très variables selon les pays, tout comme la qualité des réseaux et le coût de l’accès. Le rapport global montre que l’adoption du mobile précède largement celle du web fixe. Le téléphone intelligent devient souvent le seul point d’entrée vers le numérique, ce qui façonne des usages très différents de ceux observés au Canada ou en France.
Cette fragmentation francophone souligne un enjeu central pour 2026. Le numérique n’est plus une simple question de connexion, mais de capacité à tirer parti des outils disponibles. Le Canada, avec son taux d’adoption quasi universel, se trouve confronté à des questions de dépendance aux plateformes, de concentration des usages et de gouvernance de l’IA. La France et les autres pays francophones, eux, naviguent entre accélération nécessaire et volonté de maîtrise.
Les rapports Digital 2026 rappellent enfin un point souvent oublié dans le débat public. Malgré l’irruption de nouvelles technologies et de chiffres vertigineux, les comportements évoluent par accumulation, non par substitution. TikTok n’a pas remplacé YouTube, pas plus que l’IA conversationnelle n’a éliminé la recherche classique. Au Canada comme ailleurs, le numérique s’empile, complexifie les usages et redéfinit les équilibres économiques, sans effacer totalement ce qui existait avant.
Source : We are social
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