
Une partie de la génération Z cherche à reprendre le contrôle de sa vie numérique. Nés avec les réseaux sociaux, ces jeunes adultes sont de plus en plus nombreux à mettre en place des stratégies pour limiter leur exposition aux écrans, allant de la suppression des plateformes sociales à de véritables pauses numériques prolongées.
Dans un reportage publié par Le Monde, plusieurs témoignages illustrent ce malaise diffus. Sebastian Crespin-Cimino, 23 ans, étudiant, utilise un boîtier physique qui bloque l’accès à Instagram, Snapchat et TikTok lorsqu’il quitte son domicile ou se prépare à dormir. Son objectif est simple, éviter que son temps ne soit absorbé par un défilement continu de contenus.
Ce sentiment de perte de contrôle est largement partagé au sein de la génération Z, née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Le développement du scrolling infini et des notifications permanentes alimente une impression de dépendance qui pousse certains jeunes à remettre en question leurs usages numériques.
Selon une enquête publiée en 2024 par l’Insee, 47 % des 20-34 ans déclarent tenter de limiter leur temps d’écran. Parmi eux, près de la moitié estiment y être parvenus. Cette démarche est particulièrement marquée chez les jeunes diplômés, signe d’une prise de conscience plus large des effets des écrans sur l’attention et le bien-être.
Pour Romane Girault, 22 ans, la décision a été radicale. Elle a supprimé Snapchat et Instagram après avoir ressenti une comparaison permanente et un malaise récurrent après chaque utilisation. L’arrêt des réseaux sociaux a eu, selon elle, un effet immédiat sur son bien-être psychologique, mais aussi sur sa relation à l’actualité, désormais choisie plutôt que subie.
La chercheuse Anne Cordier, spécialiste des usages numériques, observe que ces démarches dépassent les bénéfices physiques souvent mis en avant. La reconquête du contrôle s’accompagne d’un regain d’estime de soi, chez des jeunes qui se jugeaient sévèrement incapables de maîtriser leurs pratiques numériques.
D’autres vont encore plus loin. Etienne, 29 ans, analyste financier à Paris, a rangé son téléphone intelligent pendant un mois pour adopter un appareil sans connexion Internet. Cette « digital detox » lui a permis de redécouvrir des activités mises de côté, comme la lecture ou la musique, au prix toutefois d’une organisation plus lourde et d’un certain isolement social.
Ces solutions radicales posent la question de leur durabilité. Kéran Delabre, 24 ans, qui a renoncé au téléphone intelligent depuis plusieurs années, reconnaît que les contraintes administratives et sociales rendent cette posture difficile à long terme, dans un monde où de nombreux services supposent une connexion permanente.
Pour le sociologue Dominique Boullier, la responsabilité ne peut reposer uniquement sur les individus. Les plateformes ont construit des mécanismes de captation de l’attention fondés sur la publicité et la collecte de données. Dans ce contexte, les stratégies individuelles apparaissent comme des réponses défensives à un système conçu pour retenir les utilisateurs le plus longtemps possible.
Certains jeunes ne souhaitent d’ailleurs pas se couper totalement des réseaux sociaux, mais plutôt pouvoir en maîtriser les usages. Supprimer le défilement infini tout en conservant les outils de messagerie fait partie des pistes évoquées, signe qu’au-delà de la déconnexion, c’est une redéfinition du rapport au numérique qui est en jeu.
Source : Le Monde
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