Iran, vers l’isolement numérique total

Credit : Gemini

L’Iran est en train de franchir une étape supplémentaire dans le contrôle de ses communications numériques. Selon une nouvelle enquête publiée par Filterwatch, le régime iranien a abandonné son modèle traditionnel de censure massive pour mettre en place une stratégie beaucoup plus radicale, qualifiée d’isolement numérique absolu.

Concrètement, l’accès à l’internet international n’est plus considéré comme un service universel, mais comme un privilège accordé par l’État. Le pays bascule vers un modèle d’« internet de caserne », une intranet national étanche où seules certaines institutions, entreprises ou personnes disposant d’autorisations de sécurité peuvent accéder au réseau mondial, via un système strict de liste blanche.

Cette transformation repose sur une refonte profonde de l’infrastructure. Les communications professionnelles sont en cours de confinement, avec des messageries domestiques autorisées uniquement dans des environnements d’entreprise fermés. Les échanges de type pair à pair sont bloqués, ce qui permet aux autorités de rendre l’ensemble des flux de données privés entièrement traçables et contrôlables.

Le régime cherche également à contrer les contournements technologiques. L’internet par satellite est directement visé, notamment Starlink. Des entreprises de sécurité locales développent des outils d’inspection approfondie des paquets afin d’identifier et de bloquer les connexions VPN transitant par des terminaux satellites. Selon Filterwatch, cette surveillance s’étend désormais à l’itinérance internationale, un phénomène décrit comme une « exportation du filtrage », où les abonnés iraniens restent soumis aux restrictions nationales même à l’étranger.

Sur le plan politique, cette centralisation s’opère dans une grande opacité. Les décisions sont pilotées par une structure de sécurité des infrastructures numériques, hors du champ de nombreux ministères civils. L’objectif n’est plus de filtrer des contenus jugés problématiques, mais de couper l’accès par défaut à tous les utilisateurs, puis de le rétablir partiellement pour des groupes jugés fiables du point de vue sécuritaire.

Les conséquences économiques sont déjà visibles. Le rapport documente l’effondrement quasi immédiat du commerce électronique. Des entreprises logistiques majeures, comme Tipax, sont passées de centaines de milliers de colis traités quotidiennement à quelques centaines à peine après les coupures. Cette rupture brutale de la chaîne d’approvisionnement se traduit par des pertes d’emplois massives chez les chauffeurs, manutentionnaires et travailleurs du secteur.

À plus long terme, Filterwatch souligne aussi le retrait discret de partenaires technologiques étrangers et le départ de spécialistes des télécommunications. Ce désengagement pourrait marquer la fin de la coopération internationale dans des infrastructures critiques, remplacée par une gestion entièrement sécuritaire, notamment sous l’influence d’acteurs liés aux Gardiens de la révolution.

Selon des déclarations relayées par des médias d’État, aucun retour à un internet ouvert n’est envisagé avant mars 2026, et même après cette date, l’accès ne retrouverait jamais sa forme antérieure. Pour les citoyens iraniens, l’espace numérique se transforme ainsi en un territoire sous autorisation permanente. Pour le reste du monde, l’Iran s’enfonce dans ce que Filterwatch décrit comme un véritable trou noir de la communication.

Source : Filter Watch

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