Au Québec, un étudiant sur trois transgresse les règles à l’aide de l’IA

L’intelligence artificielle s’est imposée dans le quotidien scolaire des étudiants québécois, parfois en contradiction directe avec les consignes institutionnelles. Selon un sondage SOM réalisé pour Radio-Canada, près d’un étudiant sur trois admet avoir utilisé l’IA d’une manière interdite dans le cadre de ses études. Une adoption massive qui ébranle les fondements de l’évaluation, de l’intégrité académique et des pratiques pédagogiques.

Menée auprès de 623 étudiants québécois de 16 ans et plus, du secondaire à l’université, l’enquête révèle que 76 % des répondants utilisent des outils d’IA dans un contexte scolaire. Six étudiants sur dix y ont recours régulièrement, parfois plusieurs fois par semaine, voire par jour. À l’université, l’usage est quasi généralisé : seuls 1 % des étudiants interrogés affirment n’avoir jamais utilisé l’IA.

Les usages déclarés sont variés. L’IA sert principalement à rechercher de l’information, structurer des plans, améliorer le style ou réviser des textes. Plusieurs étudiants s’en servent aussi comme aide à l’étude. Tant que l’outil est utilisé comme soutien, la pratique demeure acceptable, estime la professeure Martine Peters, de l’Université du Québec en Outaouais, spécialisée en prévention du plagiat. Le problème survient lorsque l’IA remplace le travail cognitif de l’étudiant.

Le sondage indique que 31 % des répondants reconnaissent avoir contrevenu aux règles de leur établissement. Un tiers des utilisateurs de ChatGPT admettent lui avoir confié la rédaction d’une partie ou de l’ensemble d’un travail, ou lui avoir demandé de résumer des textes qu’ils n’avaient pas lus. 12 % disent avoir été accusés d’un usage interdit et 4 % avoir été sanctionnés.

Pour Laurent Charlin, Professeur agrégé à HEC Montréal et à l’Université de Montréal, ces données confirment une réalité déjà bien installée. Selon lui, il n’est plus possible de revenir en arrière. Le système éducatif doit désormais composer avec cette technologie et adapter ses méthodes d’évaluation, le statu quo n’étant plus viable.

Cette banalisation de l’IA s’accompagne d’un paradoxe. Les étudiants sont conscients des limites de l’outil. Les deux tiers jugent la fiabilité de ses réponses moyenne ou faible. Trois répondants sur quatre estiment que l’IA favorise une forme de paresse intellectuelle et 71 % considèrent qu’elle menace l’intégrité académique. Malgré cela, la pression à la performance et le sentiment d’injustice perçu incitent à l’utiliser. 63 % des étudiants estiment que ceux qui y ont recours sont avantagés par rapport aux autres.

Le professeur Marc-Antoine Dilhac, qui enseigne l’éthique de l’IA à l’Université de Montréal, compare la situation à un sport où le dopage serait répandu. Dans un tel contexte, ne pas utiliser l’outil peut devenir irrationnel pour l’étudiant qui souhaite rester compétitif. Une logique qui pousse certains enseignants à rapatrier leurs évaluations entièrement en classe.

Au-delà des usages individuels, l’enquête met en lumière un encadrement jugé insuffisant. Près de 73 % des étudiants affirment n’avoir reçu aucune formation formelle sur l’utilisation de l’IA. Moins de la moitié trouvent les consignes de leurs professeurs claires et un étudiant sur cinq ignore s’il existe des règles institutionnelles dans son établissement.

Pour Didier Paquelin, spécialiste en pédagogie de l’enseignement supérieur à l’Université Laval, interdire l’IA n’est ni réaliste ni souhaitable. Il plaide pour des évaluations qui obligent les étudiants à démontrer leur compréhension et leur raisonnement, même lorsque l’IA a été utilisée comme outil de soutien. Une transformation qui exige un effort collectif et des ressources supplémentaires.

Du côté des syndicats enseignants, la responsabilité est davantage attribuée aux pouvoirs publics qu’aux étudiants. La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec et la Fédération des professeures et professeurs d’université dénoncent un manque de balises claires et de moyens concrets. Selon eux, l’attentisme gouvernemental a laissé le réseau éducatif seul face à une transformation rapide.

Les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur affirment pour leur part travailler à l’implantation progressive de balises et à l’intégration de la compétence numérique dans les parcours scolaires. Un chantier encore en développement, alors que l’IA continue de s’imposer dans les pratiques étudiantes.

Source : Radio-Canada

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire