
La course au très haut débit s’accélère aux États-Unis, portée par des milliards de dollars d’investissements publics et par l’appétit des entreprises technologiques pour les centres de données. Mais ce déploiement massif de la fibre optique se heurte à un obstacle inattendu et très concret, le manque de travailleurs qualifiés pour creuser, installer, raccorder et entretenir les réseaux.
Dans des régions rurales comme le comté d’Apache, en Arizona, des équipes entières s’activent à creuser des tranchées, suspendre des câbles sur des poteaux et assembler des fibres plus fines qu’un cheveu. Ces chantiers, désormais omniprésents, illustrent l’ampleur de la demande. L’an dernier, un nombre record de foyers ont été raccordés à la fibre, une tendance appelée à s’intensifier avec l’expansion des infrastructures numériques.
Cette ruée vers la fibre crée toutefois un goulot d’étranglement humain. Les postes de foreurs, de monteurs de lignes aériennes et surtout d’épisseurs, ces techniciens chargés de relier les fibres, sont particulièrement difficiles à pourvoir. Certains métiers exigent des mois de formation et une précision quasi artisanale, d’autres une endurance physique éprouvante, notamment pour travailler en hauteur ou sous des températures extrêmes.
Résultat, les salaires grimpent rapidement. Des opérateurs expérimentés peuvent gagner entre la fin de la vingtaine et le milieu de la quarantaine de dollars de l’heure, parfois jusqu’au double du salaire horaire médian dans certains États. Selon les dernières données du Bureau of Labor Statistics, les installateurs et réparateurs de lignes de télécommunications affichaient un salaire annuel médian de 70 500 dollars US en 2024, sans compter les heures supplémentaires, bien au-dessus de la médiane nationale toutes professions confondues.
La tension sur le marché du travail est appelée à durer. Un rapport conjoint de la Fiber Broadband Association et de la Power & Communication Contractors Association estime que 58 000 nouveaux emplois seront créés dans le secteur entre 2025 et 2032. Dans le même temps, environ 120 000 travailleurs devraient quitter la profession, principalement pour cause de retraite. Le déficit potentiel atteindrait ainsi près de 178 000 postes, un écart susceptible de ralentir l’objectif d’un accès généralisé à l’internet à haute vitesse.
Pour attirer et retenir la main-d’œuvre, les entreprises de construction de réseaux multiplient les hausses salariales et les initiatives de formation. Certaines proposent des augmentations annuelles de 5 à 8 pour cent, tandis que d’autres cherchent à sécuriser des contrats à long terme avant que les coûts n’augmentent davantage. Des centres de formation accélérée, parfois financés par des programmes militaires ou des dons privés, offrent des camps intensifs de six à huit semaines pour former de nouveaux techniciens.
Ces emplois bien rémunérés restent toutefois exigeants. Les équipes travaillent souvent plus de dix heures par jour, à l’extérieur et par presque tous les temps. Les déplacements prolongés sont fréquents, et l’activité peut ralentir en hiver dans les régions où le sol gelé complique les travaux de forage.
Sur le terrain, la demande des citoyens est palpable. Dans de petites villes encore mal desservies, les habitants interpellent les techniciens pour connaître l’état d’avancement des raccordements. L’attente est forte, tant l’accès à une connexion rapide est désormais perçu comme une infrastructure essentielle.
Si l’intelligence artificielle et l’automatisation transforment de nombreux secteurs, les acteurs du terrain rappellent que la fibre repose d’abord sur des gestes manuels. Les algorithmes peuvent optimiser la planification et la gestion des réseaux, mais ils ne creusent pas de tranchées et ne soudent pas des fibres. Tant que la pénurie de travailleurs persistera, le futur numérique promis par la fibre optique avancera à un rythme moins rapide que prévu.
Source : WSJ
******
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

