IA « Friend » : le collier compagnon qui déclenche un rejet partout où il débarque

Alors que le collier IA Friend débarque en France, lire l’article sur le sujet de mon collègue Jerome Colombain, j’aimerais rappeler comment le collier d’intelligence artificielle a provoqué une levée de boucliers à New York l’automne dernier. Cette jeune pousse, fondée par Avi Schiffmann, avait investi plus d’un million de dollars pour déployer la plus vaste campagne publicitaire jamais vue dans le métro new-yorkais. L’objet en cause, un pendentif connecté porté autour du cou, se présentait comme un compagnon artificiel capable d’écouter l’environnement de son utilisateur et de commenter sa journée via des notifications.

La réaction du public avait été immédiate et largement négative. De nombreuses affiches avaient été vandalisées avec des messages dénonçant une technologie jugée intrusive, déshumanisante ou dangereuse. Certains graffitis évoquaient explicitement la surveillance, l’isolement social ou les risques pour la santé mentale. Pour plusieurs observateurs, le rejet ne visait pas seulement un produit, mais une vision du numérique perçue comme envahissante.

Le dispositif Friend repose sur un microphone toujours actif et s’appuie sur des modèles d’IA conversationnelle, notamment Claude d’Anthropic et Gemini de Google, selon son fondateur. L’entreprise affirme ne pas conserver d’enregistrements audio et offrir aux utilisateurs un contrôle sur les données mémorisées. Avi Schiffmann soutient que la controverse était anticipée et qu’elle participe à une stratégie visant à susciter le débat public.

Friend se distingue toutefois des précédentes tentatives de matériel IA par son positionnement. Contrairement aux appareils axés sur la productivité, le pendentif revendique une fonction de simple compagnie. Il ne promet ni gains d’efficacité ni automatisation des tâches, mais une présence constante, présentée comme un soutien émotionnel et social.

Cette approche intervient dans un contexte de lassitude numérique plus large. Plusieurs études récentes montrent une prise de conscience accrue des effets du temps d’écran, y compris chez les adolescents. En parallèle, parents et établissements scolaires multiplient les initiatives pour limiter l’usage des appareils numériques. Les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle progressent également, une majorité d’Américains estimant désormais que son impact sociétal sera négatif plutôt que positif.

Les réactions contre Friend ravivent aussi le souvenir d’échecs passés. Google Glass, lancé en 2013, avait suscité un rejet comparable avant d’être retiré du marché. Plus récemment, les ambitions immersives du métavers portées par Mark Zuckerberg n’ont pas rencontré l’adhésion espérée. D’autres acteurs, dont Meta, poursuivent néanmoins le développement de lunettes et accessoires intégrant de l’IA.

Au-delà du cas Friend, la controverse pose une question plus large sur les limites de l’acceptabilité sociale des technologies dites portables. L’idée d’un assistant artificiel toujours à l’écoute, physiquement attaché au corps, semble franchir un seuil symbolique pour une partie du public. Pour certains critiques, le problème n’est pas l’intelligence artificielle elle-même, mais la place qu’on cherche à lui donner dans l’intimité humaine.

Reste à voir si Friend marque un simple faux pas ou un signal plus profond. La virulence des réactions suggère, au minimum, que l’adhésion du public aux objets connectés à vocation émotionnelle est loin d’être acquise. Dans un climat de méfiance croissante envers la collecte de données et la médiation technologique des relations sociales, le collier Friend apparaît moins comme un compagnon que comme un révélateur des tensions actuelles entre innovation et acceptabilité sociale.

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