L’Espagne veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, un nouveau durcissement européen

L’Espagne s’apprête à franchir une étape majeure dans la régulation des plateformes numériques. Le 3 février 2026, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé son intention d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans. La mesure, encore soumise à l’approbation du Parlement, s’inscrit dans une offensive plus large visant à renforcer la protection des mineurs dans l’environnement numérique.

S’exprimant lors du World Governments Summit à Dubaï, le chef du gouvernement a justifié cette initiative par la nécessité de protéger les enfants de ce qu’il a qualifié de « Far West numérique ». L’interdiction ferait partie d’un ensemble de réformes législatives et réglementaires destinées à reprendre le contrôle démocratique sur les grandes plateformes, accusées de tolérer des contenus illégaux ou haineux et d’amplifier artificiellement certaines publications par le biais de leurs algorithmes.

Parmi les mesures envisagées figure la responsabilité juridique directe des dirigeants d’entreprises technologiques lorsque des contenus illicites ne sont pas retirés. Le gouvernement espagnol souhaite également criminaliser la manipulation des algorithmes et l’amplification de contenus illégaux, un signal fort envoyé aux géants du numérique opérant sur le territoire européen.

L’annonce intervient dans un contexte international marqué par une inquiétude croissante quant aux effets des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes. L’Australie est récemment devenue le premier pays à interdire l’accès aux plateformes sociales aux moins de 16 ans. D’autres États, dont la France, le Danemark et la Malaisie, étudient des dispositifs similaires. Ces initiatives illustrent un contraste de plus en plus net entre l’approche européenne et celle des États-Unis en matière de liberté d’expression et de régulation du numérique.

En Espagne, la proposition du gouvernement s’appuierait sur un projet de loi déjà en discussion concernant la protection des mineurs dans les environnements numériques. Ce texte prévoit de porter à 16 ans l’âge du consentement au traitement des données personnelles, condition essentielle pour l’utilisation des réseaux sociaux. Les mineurs plus jeunes ne pourraient y accéder qu’avec l’autorisation explicite de leur représentant légal.

Reste toutefois à clarifier la portée exacte de la nouvelle interdiction annoncée par Pedro Sánchez. Le premier ministre évoque la mise en place de systèmes efficaces de vérification de l’âge, sans en préciser les modalités techniques ni les garanties en matière de protection de la vie privée. Ces zones d’ombre alimentent déjà les critiques, certains redoutant une application difficile ou des contournements vers des espaces en ligne moins encadrés.

Sur le plan politique, l’initiative bénéficie d’un soutien partiel. Le principal parti d’opposition conservateur s’est montré favorable à l’interdiction, tandis que la formation d’extrême droite Vox y voit une atteinte à la liberté d’expression et une tentative de contrôle du débat public. La coalition gouvernementale, minoritaire au Parlement, devra composer avec ces équilibres fragiles pour faire adopter le texte.

Cette annonce espagnole s’inscrit enfin dans un mouvement européen plus large de fermeté à l’égard des plateformes. Le même jour, en France, les autorités judiciaires ont mené une perquisition dans les locaux de X et convoqué son propriétaire, Elon Musk, dans le cadre d’une enquête sur la diffusion de contenus illicites. Autant de signaux d’un durcissement coordonné, perçu par certains observateurs comme une reprise en main nécessaire, et par d’autres comme une forme de surenchère réglementaire.

Pour Madrid, l’objectif est clair, placer la protection des enfants au cœur de la politique numérique et affirmer la capacité des États à encadrer des plateformes devenues centrales dans la vie sociale. La bataille se jouera désormais au Parlement, puis, sans doute, sur le terrain complexe de l’application concrète de ces nouvelles règles.

Source : Politico, NY Times

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