
La justice française a franchi un seuil inédit dans son bras de fer avec les grandes plateformes numériques. Le 3 février 2026, les locaux parisiens de X ont été perquisitionnés, tandis que son propriétaire, Elon Musk, a été convoqué pour une audition prévue le 20 avril. Au cœur de la procédure, le fonctionnement de l’intelligence artificielle Grok et la diffusion de contenus illicites sur la plateforme.
L’opération s’inscrit dans une enquête préliminaire ouverte en janvier 2025 par le parquet de Paris, avec l’appui de l’unité nationale cyber de la gendarmerie et d’Europol. Elle fait suite à plusieurs signalements visant les algorithmes de recommandation du réseau social, puis à des alertes spécifiques sur l’outil d’IA Grok, accusé d’avoir facilité la diffusion de propos négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel.
Selon les éléments communiqués par le parquet, les investigations portent sur un faisceau d’infractions pénales particulièrement lourdes, incluant la complicité de diffusion d’images pédopornographiques, l’atteinte à la représentation de la personne par deepfake sexuel, la contestation de crimes contre l’humanité et l’administration d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée. Les autorités cherchent notamment à déterminer si les mécanismes techniques et organisationnels mis en place par X ont favorisé ces dérives, volontairement ou par défaut de contrôle.
Grok, développé par xAI et intégré à X, cristallise l’attention. Fin 2025, l’outil avait généré et relayé des contenus niant la finalité génocidaire des chambres à gaz nazies, avant de produire des images sexuelles truquées, parfois impliquant des personnes non consentantes. Ces épisodes ont renforcé les soupçons d’un affaiblissement des garde-fous et d’une modération insuffisante, dans un contexte où les signalements transmis par la plateforme aux autorités françaises auraient chuté de plus de 80 % sur certains segments sensibles.
La convocation d’Elon Musk et de Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de X, se fera dans le cadre d’auditions libres. Il ne s’agit pas, à ce stade, de mises en examen, mais d’une étape destinée à entendre la position des dirigeants et à évaluer les mesures de conformité envisagées avec le droit français et européen. Des salariés de la filiale française sont également appelés à témoigner.
De son côté, X dénonce une procédure qu’elle juge politiquement motivée et affirme n’avoir commis aucune infraction. Elon Musk a publiquement évoqué une attaque politique, contestant la légitimité de la perquisition et le ciblage de l’entité française du groupe. Cette ligne de défense s’appuie aussi sur le fait que X est juridiquement établi en Irlande pour ses activités européennes, ce qui pourrait compliquer la suite judiciaire.
Pour les autorités françaises, l’enjeu dépasse le seul cas de X. Il s’agit d’affirmer que les plateformes opérant sur le territoire national restent soumises à l’État de droit, quelle que soit la puissance économique ou l’influence de leurs dirigeants. Le dossier s’inscrit par ailleurs dans une dynamique européenne plus large, alors que plusieurs régulateurs, dont l’autorité britannique de protection des données, examinent eux aussi les usages de Grok et la gestion des contenus sensibles.
L’enquête, qualifiée de constructive par le parquet, pourrait déboucher sur un contentieux long et complexe, avec des recours attendus aux niveaux national et européen. Le rendez-vous du 20 avril marque en tout cas une séquence clé. Il dira si cette procédure ouvre la voie à une mise en conformité renforcée de X ou à un affrontement judiciaire durable entre la plateforme et les autorités européennes.
Source : Tribunal de Paris
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