
Je reviens sur le sujet, car toute la journée, j’ai reçu des messages de la part de lecteurs de Mon Carnet qui s’intéressaient à ce type d’alternative à l’offre classique. Voici donc un portrait plus complet du paysage au pays.
Le marché télévisuel canadien est en pleine recomposition. À mesure que l’offre de diffusion en continu se fragmente, un phénomène parallèle gagne du terrain, notamment au Québec : l’IPTV illégale. Ces boîtiers non officiels, vendus discrètement dans des marchés locaux ou via des réseaux privés en ligne, promettent un accès quasi illimité à des chaînes d’ici et d’ailleurs, notamment de France, ainsi qu’à une multitude d’événements sportifs, pour une fraction du coût des abonnements traditionnels. Derrière cette apparente simplicité se joue toutefois une bataille juridique et technologique de plus en plus intense.
À l’origine de cette popularité, un ras-le-bol bien documenté. Selon les données 2025 du Media Technology Monitor, le taux d’abonnement à la télévision par câble ou satellite est tombé à environ 60 % au Canada, soit une baisse de plus de 20 points en dix ans. Pour de nombreux consommateurs, suivre le hockey, les séries américaines et l’actualité locale implique désormais de multiplier les abonnements à Netflix, Disney+, Prime Video, Crave, RDS Direct ou TVA+. Cette complexité financière et technique a ouvert la voie aux boîtiers Android préconfigurés. Si le matériel est légal en soi, l’ajout d’applications tierces connectées à des serveurs pirates fait basculer l’usage dans l’illégalité.
L’IPTV illicite de 2026 n’a plus rien d’artisanal. Elle repose sur une structure bien huilée. À la base, des fournisseurs de flux, souvent établis à l’étranger, captent les signaux télévisuels pour les redistribuer sur internet. Ces flux sont ensuite organisés par des gestionnaires de serveurs qui proposent des interfaces soignées, inspirées des grandes plateformes commerciales. Sur le terrain, des revendeurs locaux écoulent ces abonnements au Québec, assurent le service après-vente et entretiennent un sentiment de légitimité via des groupes Telegram ou Discord.
Face à cette perte de revenus, les diffuseurs ont changé de stratégie. Des acteurs comme Bell, Rogers et le Groupe TVA misent désormais sur des outils de blocage sophistiqués. La mise à jour de l’ordonnance fédérale T-743-24, entrée en vigueur le 19 septembre 2025, permet aux fournisseurs d’accès internet d’imposer des blocages dynamiques d’adresses IP. Contrairement aux listes statiques du passé, ces blocages s’effectuent en temps réel lors d’événements en direct, rendant soudainement inaccessibles les flux pirates, parfois en plein match.
Le ton s’est également durci sur le plan judiciaire. En décembre 2025, un revendeur de l’Outaouais a écopé d’une amende de 50 000 dollars, assortie de la saisie d’environ 200 000 dollars en biens criminels. Cette décision marque un tournant en ciblant directement les distributeurs locaux. Pour l’Alliance for Creativity and Entertainment, il ne s’agit plus de petits acteurs isolés, mais d’organisations structurées dont les revenus peuvent alimenter d’autres activités criminelles.
Au-delà de la légalité, les risques pour les utilisateurs sont de plus en plus documentés. Le Centre canadien pour la cybersécurité souligne que ces services sont fréquemment associés à des logiciels malveillants. Paiements non sécurisés, vols de données bancaires, intégration involontaire à des réseaux zombies ou accès indirect au réseau domestique figurent parmi les menaces identifiées. Le boîtier branché au téléviseur peut ainsi devenir une porte d’entrée vers les ordinateurs et les caméras de surveillance du foyer. Autre risque, celui des faux sites de vente. De nombreux consommateurs ont été bernés par des plateformes frauduleuses qui recueillaient leurs coordonnées, incluant des renseignements personnels et des numéros de carte de crédit, en croyant se trouver sur le site officiel de services établis, tels que Sonixiptv, Pioneer TV ou IPTV Geeks.
Malgré le resserrement du cadre juridique, le débat de fond demeure. Plusieurs observateurs estiment que la lutte contre l’IPTV illégale passera aussi par une simplification de l’offre légale. Tant que le coût cumulé des abonnements dépassera le budget de nombreux ménages, le jeu du chat et de la souris entre diffuseurs et services pirates continuera de redessiner les habitudes de consommation numérique au Québec.
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Vous n’avez pas mentionné le coût de l’abonnement IPTV, ni celui des services légaux. De plus, l’analyse ne tient pas compte du quasi-monopole des médias canadiens en matière de diffusion des événements sportifs, notamment la Coupe du monde de football (soccer, selon la terminologie nord-américaine).
Ces éléments sont essentiels pour permettre aux lecteurs de mesurer l’écart significatif entre les deux types de services. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que le pouvoir d’achat des Canadiens se détériore dans un contexte d’inflation soutenue, tandis que la progression des salaires demeure relativement modeste.
Très utilisé par les Snowbirds qui désirent avoir accès à la télévision Canadienne lors de leurs séjours.