
Pour la première fois en près de trente ans, Nvidia ne lancera pas de nouveau processeur graphique destiné aux joueurs au cours d’une année civile. Selon des sources internes citées par The Information, le groupe californien a décidé de reporter la sortie de sa prochaine puce de jeu en raison d’une pénurie mondiale persistante de puces mémoire, directement liée à l’explosion de la demande en intelligence artificielle.
Cette décision marque un tournant symbolique pour une entreprise historiquement associée au jeu vidéo. Fondée au début des années 1990 autour des cartes graphiques pour PC et consoles, Nvidia a progressivement recentré ses priorités vers les accélérateurs de calcul pour centres de données, devenus aujourd’hui le cœur de sa croissance.
La mémoire est un composant essentiel des processeurs graphiques, qu’ils soient destinés au jeu ou aux serveurs d’IA. Face à des volumes limités, Nvidia privilégie désormais l’allocation de ces ressources à ses puces pour l’IA, beaucoup plus rentables. Selon une des sources, cette contrainte a aussi conduit l’entreprise à réduire la production de sa gamme actuelle GeForce RTX 50, déjà difficile à trouver sur le marché, ce qui a contribué à la hausse des prix observée chez les détaillants.
Interrogée, Nvidia confirme que la demande pour les GeForce RTX demeure élevée et que l’approvisionnement en mémoire reste sous tension, sans toutefois commenter directement le report. L’entreprise affirme travailler étroitement avec ses fournisseurs afin de maximiser les volumes disponibles.
La pénurie actuelle touche l’ensemble de l’industrie électronique. Les puces mémoire, produites notamment par Samsung Electronics, SK Hynix et Micron Technology, sont utilisées massivement dans les serveurs d’IA, mais aussi dans les téléphones intelligents, les ordinateurs et de nombreux appareils grand public. L’augmentation rapide de la demande dépasse la capacité de production, et la construction de nouvelles usines nécessite plusieurs années.
Les répercussions commencent déjà à se faire sentir ailleurs. La semaine dernière, le chef de la direction d’Apple, Tim Cook, a reconnu que la hausse des prix de la mémoire pesait sur les marges de l’entreprise et que la tendance pourrait s’accentuer dans les prochains trimestres.
Chez Nvidia, le report ne concerne pas seulement une mise à jour incrémentale prévue cette année, connue en interne sous le nom de code Kicker. Il pourrait également repousser le calendrier de la prochaine génération majeure de cartes graphiques pour joueurs, la future série RTX 60, initialement envisagée pour une production de masse vers la fin de 2027.
En parallèle, la feuille de route des puces d’IA avance sans ralentissement. Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a récemment confirmé le démarrage de la production des puces Rubin, destinées aux centres de données, avec des livraisons prévues au second semestre de l’année.
Sur le plan concurrentiel, la pression reste limitée. Le principal rival de Nvidia, AMD, a indiqué concentrer ses efforts sur des cartes graphiques de milieu de gamme offrant un meilleur rapport qualité-prix, sans alternative haut de gamme immédiate capable de rivaliser avec les modèles les plus puissants de Nvidia.
Cette évolution illustre le glissement progressif du modèle économique de Nvidia. Les cartes graphiques de jeu ne représentaient plus qu’environ 8 % de ses revenus sur les neuf mois précédant octobre, contre 35 % en 2022. À l’inverse, les activités liées au calcul et aux réseaux, dominées par l’IA, affichent des marges nettement supérieures.
Pour les joueurs, mais aussi pour certains acteurs de la recherche et des startups technologiques qui utilisent des cartes graphiques grand public pour entraîner des modèles d’IA, l’attente risque donc de se prolonger. Une conséquence directe d’un marché où l’intelligence artificielle redéfinit désormais les priorités industrielles.
Source : The Information
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