
Réunis cette semaine à A Coruna, en Espagne, plus de 80 pays ont participé au sommet international sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire. À l’issue des discussions, seuls 35 États ont accepté de signer une déclaration commune encadrant l’usage de ces technologies dans les opérations de défense. Les deux principales puissances militaires, les États-Unis et la Chine, ont choisi de ne pas s’y associer.
Ce refus illustre les tensions persistantes autour de la gouvernance de l’IA militaire. Selon plusieurs délégués cités par Reuters, la détérioration des relations entre Washington et ses alliés européens, ainsi que les incertitudes sur l’avenir des liens transatlantiques, ont freiné l’adhésion de plusieurs pays à un engagement commun.
La déclaration proposée vise à répondre aux inquiétudes croissantes face à la rapidité des avancées en intelligence artificielle, qui pourraient dépasser les cadres réglementaires existants. Plusieurs gouvernements redoutent des risques accrus d’erreurs, de mauvaise interprétation ou d’escalades involontaires dans des contextes de conflit armé.
Le ministre néerlandais de la Défense, Ruben Brekelmans, évoque un véritable dilemme stratégique. D’un côté, la volonté d’encadrer de manière responsable l’usage de l’IA, de l’autre, la crainte de se désavantager face à des adversaires qui avancent rapidement. Il souligne que la vitesse des progrès en Russie et en Chine renforce à la fois l’urgence d’innover et celle de définir des règles claires.
Le texte signé par 35 pays réaffirme notamment la responsabilité humaine dans l’usage des systèmes d’armes assistés par IA. Il insiste sur la nécessité de chaînes de commandement clairement établies, d’évaluations de risques, de tests rigoureux, ainsi que de la formation du personnel militaire. Il encourage également un partage limité d’informations sur les mécanismes nationaux de supervision, dans la mesure où cela ne compromet pas la sécurité nationale.
Ce nouveau document reste toutefois non contraignant sur le plan juridique. Lors des précédents sommets de La Haye en 2023 et de Séoul en 2024, environ 60 pays, dont les États-Unis mais pas la Chine, avaient déjà soutenu un cadre d’action plus général. Cette année, malgré l’absence d’obligation légale, certains États se sont montrés réticents à endosser des principes jugés plus concrets.
Pour Yasmin Afina, chercheuse à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement, cette prudence reflète la difficulté croissante à bâtir un consensus international sur l’IA militaire, dans un contexte de rivalités géopolitiques et de méfiance stratégique accrue.
Source : Reuters
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