
Le plus récent rapport NETendances – Information, désinformation et cybersécurité, publié par l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval, dresse un constat nuancé sur l’état de l’information au Québec. Les citoyens s’informent toujours massivement, mais leurs habitudes changent, leur confiance se fragilise et leur exposition à la désinformation et aux fraudes en ligne demeure élevée.
Première observation, la consultation quotidienne de l’actualité recule. En 2025, 58 % des internautes québécois consultent les nouvelles au moins une fois par jour, contre 63 % l’année précédente. À l’inverse, la proportion de ceux qui ne s’informent jamais ou presque jamais passe de 9 % à 13 %. Cette évolution est particulièrement marquée chez les 18-34 ans. Chez eux, la consultation quotidienne chute de 40 % à 31 %, tandis que la consultation hebdomadaire progresse de 33 % à 41 %. Les plus jeunes ne désertent donc pas complètement l’actualité, mais ils modifient leur rythme et leurs canaux.
Autre transformation structurante, les réseaux sociaux s’imposent comme un canal majeur d’accès à l’information. La télévision demeure la principale source pour 59 % des internautes, mais les réseaux sociaux arrivent désormais en deuxième position avec 48 %, en forte progression. Chez les 18-34 ans, 74 % utilisent ces plateformes pour s’informer. Près du quart des internautes s’informent exclusivement par des médias numériques ou sociaux, et cette proportion grimpe à 37 % chez les plus jeunes adultes. Dans ce contexte, 42 % des 18-34 ans affirment s’informer régulièrement via des créateurs de contenu spécialisés en actualité, signe que l’info portée par des personnalités en ligne gagne du terrain.
Cette évolution s’accompagne d’un glissement de la confiance. En 2025, 44 % des internautes déclarent avoir une forte confiance envers les médias traditionnels, en légère baisse par rapport à l’année précédente, avec une note moyenne de 6,6 sur 10. Le recul est particulièrement visible chez les 18-34 ans et les 35-54 ans, alors que les 55 ans et plus affichent une confiance stable, voire en légère hausse. Du côté des médias sociaux, la méfiance domine. Seuls 7 % des internautes disent accorder une forte confiance aux nouvelles qui y circulent, et la note moyenne plafonne à 3,9 sur 10.
L’exposition à la désinformation demeure importante. Trois internautes sur dix affirment voir des fausses nouvelles en ligne tous les jours, et 57 % au moins une fois par semaine. Les réseaux sociaux sont perçus comme le principal vecteur de ces contenus trompeurs, 82 % des répondants estimant qu’on y trouve souvent de la désinformation, contre 18 % qui attribuent ce phénomène aux médias traditionnels. Les thèmes jugés les plus vulnérables sont la politique, citée par 63 % des internautes, les conflits internationaux et affaires étrangères, 52 %, ainsi que la santé et la médecine, 51 %.
Malgré ce contexte, les internautes se disent relativement confiants dans leur capacité à reconnaître une fausse nouvelle. En 2025, 37 % déclarent avoir une forte confiance en leur aptitude à détecter un contenu trompeur, pour une note moyenne de 7 sur 10. Les 18-34 ans sont les plus confiants, 45 % d’entre eux estimant pouvoir identifier une fausse nouvelle. Cette assurance doit toutefois être mise en perspective avec la sophistication croissante des contenus générés par l’intelligence artificielle. Si 93 % des internautes savent que l’IA peut servir à créer des vidéos ou des textes trompeurs, la capacité réelle à repérer ces contenus demeure plus difficile à mesurer.
Au-delà de la désinformation, la cybersécurité s’impose comme une préoccupation majeure. Huit internautes sur dix se disent inquiets pour la protection de leurs renseignements personnels en ligne. Plus préoccupant encore, 37 % des internautes affirment avoir été victimes d’au moins une fraude en ligne au cours de la dernière année. Cette proportion grimpe à 51 % chez les personnes qui se disent peu à l’aise avec le numérique. Les fraudes les plus fréquentes comprennent les paiements frauduleux sur carte de crédit, mentionnés par 14 % des répondants, et les achats de produits jamais livrés ni remboursés, cités par 9 %.
Les connaissances de base en cybersécurité apparaissent néanmoins relativement solides. En moyenne, les internautes obtiennent 85 % de bonnes réponses à des questions portant sur des notions simples. Par exemple, 94 % savent que cliquer sur un lien provenant d’un numéro inconnu peut mener à un site frauduleux. En revanche, seulement 73 % savent qu’un antivirus ne suffit pas à éliminer tous les risques de fraude. Enfin, 76 % des internautes estiment que le gouvernement du Québec devrait jouer un rôle central dans la création et la diffusion de contenus de prévention.
Ce portrait 2025 révèle ainsi un paradoxe. Les Québécois sont informés, conscients des risques liés à la désinformation et relativement bien outillés face aux menaces numériques. Pourtant, ils demeurent fortement exposés aux fausses nouvelles et aux fraudes. L’écosystème informationnel se transforme, les plateformes sociales et les créateurs de contenu redéfinissent les parcours d’information, tandis que la confiance envers les institutions médiatiques traditionnelles évolue selon les générations. Dans cet environnement mouvant, le défi ne consiste plus seulement à accéder à l’information, mais à développer une culture numérique capable de conjuguer esprit critique, diversité des sources et vigilance face aux risques.
Source : Netendances
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