Bezos relance la course lunaire avec Blue Origin

Jeff Bezos a surpris en publiant sur X une photo en noir et blanc d’une tortue sortant de l’ombre. Un message sans texte, mais lourd de sens pour qui suit Blue Origin. L’emblème de l’entreprise spatiale privée de Bezos met en scène deux tortues, clin d’œil à la fable d’Ésope « Le Lièvre et la Tortue », où la persévérance l’emporte sur la vitesse.

Ce geste survient quelques heures après qu’Elon Musk, patron de SpaceX, a annoncé vouloir réorienter ses priorités vers la Lune à court terme, alors qu’il évoquait depuis des années l’établissement d’une civilisation sur Mars. En publiant cette image, Bezos semble rappeler que Blue Origin mise depuis longtemps sur un retour durable sur la Lune.

Dès 2019, lors de la présentation de sa vision, Bezos appuyait l’objectif de la NASA dans le cadre du programme Artemis : retourner sur la Lune pour y rester. À l’époque, il affirmait que son entreprise pouvait contribuer à respecter l’échéancier, précisément parce qu’elle avait amorcé le travail en amont.

La rivalité entre Blue Origin et SpaceX s’inscrit dans le développement du Human Landing System de la NASA. Depuis 2023, les deux entreprises détiennent des contrats pour concevoir des alunisseurs habités destinés aux missions Artemis. SpaceX mise sur Starship, tandis que Blue Origin développe Blue Moon MK2. Les deux architectures prévoyaient initialement un ravitaillement en orbite terrestre, une étape techniquement complexe.

Or, en 2025, plusieurs essais ratés de Starship ont soulevé des doutes sur la capacité de SpaceX à réaliser un alunissage avant 2030. En parallèle, la Chine avance sur un atterrisseur plus simple, susceptible d’envoyer des taïkonautes sur la Lune avant la fin de la décennie. Dans ce contexte, Blue Origin travaillerait sur une architecture accélérée sans ravitaillement orbital.

Selon des documents consultés par Ars Technica, cette nouvelle approche reposerait sur plusieurs lancements de la fusée New Glenn. Pour une mission de démonstration sans équipage, trois tirs seraient nécessaires afin d’assembler en orbite des étages de transfert et une version initiale de l’alunisseur Blue Moon MK2. Pour une mission habitée, quatre lancements permettraient de rejoindre le vaisseau Orion en orbite lunaire avant la descente vers la surface.

Des zones d’ombre subsistent, notamment sur la nature exacte des étages de transfert et sur le niveau de maturité technologique de l’alunisseur. Blue Origin n’a pas commenté publiquement ces éléments. L’entreprise doit encore démontrer la fiabilité de Blue Moon lors d’une mission sans équipage attendue plus tard cette année.

Malgré les incertitudes, une chose ressort : la course lunaire du XXIe siècle compte désormais trois acteurs majeurs, le programme étatique chinois, SpaceX et Blue Origin. Entre stratégie graduelle et ambition accélérée, la tortue et le lièvre se retrouvent une fois de plus sur la ligne de départ.

Source : Ars Technica

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