
Selon des informations publiées par Le Devoir, une forte majorité de Canadiens souhaitent un encadrement plus strict de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques, même si Washington fait pression pour limiter toute contrainte réglementaire. Le quotidien révèle les résultats d’un sondage commandé à la firme Léger par la Coalition mieux protégés en ligne.
D’après cette enquête menée en ligne du 26 au 29 janvier 2026 auprès de 1 502 répondants, 77 pour cent appuient une application plus sévère des lois à l’égard des réseaux sociaux et des outils d’IA. Près de 79 pour cent souhaitent la création d’une agence indépendante chargée de réglementer ces industries, et 90 pour cent estiment que les plateformes devraient être tenues responsables de la sécurité en ligne des enfants.
À cela s’ajoute un enjeu de confiance. Le sondage indique que plusieurs répondants doutent de la capacité des grandes entreprises technologiques à s’autoréglementer, ce qui alimente l’appui à une intervention accrue de l’État. Cette méfiance s’inscrit dans un contexte où les débats sur la protection des données, la désinformation et l’impact des algorithmes sur la démocratie occupent une place croissante dans l’espace public canadien.
Le consensus s’effrite toutefois lorsqu’entre en jeu la relation avec les États-Unis. Si un encadrement renforcé devait nuire aux relations commerciales avec l’administration de Donald Trump, seulement 53 pour cent des répondants suivraient Ottawa dans cette voie. Le sondage met ainsi en lumière un dilemme entre souveraineté numérique et pragmatisme économique.
Le contexte est sensible. La loi canadienne sur la diffusion en ligne, en vigueur depuis 2023, demeure dans la mire de Washington dans le cadre de la renégociation de l’ACEUM. L’an dernier, le premier ministre Mark Carney a d’ailleurs renoncé à une taxe sur les services numériques qui devait générer 7,2 milliards de dollars sur cinq ans, à la demande de la Maison-Blanche.
À Ottawa, le ministre fédéral de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, doit déposer une stratégie nationale en matière d’IA d’ici le 31 mars. Des consultations publiques ont été organisées en ligne, et leurs résultats ont été analysés à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Le gouvernement met de l’avant l’adoption industrielle, l’appui aux entreprises et le développement d’infrastructures, tout en évoquant la sécurité de l’IA parmi ses objectifs.
Sur la scène internationale, Ottawa multiplie les partenariats, notamment avec l’Allemagne, afin de favoriser l’innovation et la mobilité des talents. Reste à voir si la future stratégie saura répondre à l’appui populaire pour une réglementation plus ferme, sans accentuer les tensions commerciales avec son principal partenaire.
Source : Le Devoir
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