Fusillade de Tumbler Ridge : Ottawa interpelle OpenAI sur ses protocoles de sécurité

Le ministre fédéral de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, se dit préoccupé par les protocoles de sécurité d’OpenAI à la suite de la fusillade de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique. L’entreprise a confirmé que le compte associé à l’adolescente identifiée par la Gendarmerie royale du Canada comme étant l’auteure de l’attaque avait été signalé à l’interne, mais non transmis aux forces de l’ordre avant le drame.

Dans une déclaration publiée samedi, le ministre affirme être « profondément troublé » par les informations voulant qu’une activité en ligne préoccupante n’ait pas été signalée « en temps opportun » aux autorités. Il soutient que « les Canadiens s’attendent à ce que les plateformes en ligne, y compris OpenAI, disposent de protocoles de sécurité robustes et de mécanismes d’escalade efficaces pour protéger le public et avertir les forces de l’ordre en cas de menace potentielle ».

La GRC a identifié Jesse Van Rootselaar comme la personne ayant tué huit personnes le 10 février à Tumbler Ridge, dont cinq enfants et une aide-éducatrice à l’école secondaire locale, avant de s’enlever la vie. Cette tragédie figure parmi les pires fusillades de l’histoire récente du pays.

Selon les informations d’abord rapportées par le Wall Street Journal, OpenAI avait banni le compte lié à la suspecte. L’entreprise indique que ses systèmes automatisés et ses équipes humaines avaient détecté un usage potentiellement problématique de son service en juin 2025. Toutefois, l’activité observée « ne répondait pas au seuil requis pour un signalement aux forces de l’ordre ». Après la fusillade, OpenAI affirme avoir communiqué de manière proactive avec la GRC pour transmettre les informations pertinentes.

Un porte-parole de la police fédérale a confirmé que la plateforme avait pris contact après les événements, tout en précisant que le compte avait d’abord été signalé uniquement à l’interne.

Du côté provincial, le gouvernement de la Colombie-Britannique soutient qu’OpenAI n’a pas informé ses représentants qu’elle détenait des éléments potentiellement liés à l’attaque, malgré une rencontre tenue le 11 février, soit le lendemain du drame. Cette réunion, planifiée depuis plusieurs semaines, portait sur l’intérêt d’OpenAI à ouvrir un bureau au Canada. Ce n’est que le jour suivant que l’entreprise aurait demandé les coordonnées de la GRC, transmises par le directeur provincial des services policiers.

Le premier ministre de la province, David Eby, a qualifié ces révélations de « profondément troublantes ». Il affirme avoir confirmé auprès des forces policières que des ordonnances de préservation de preuves sont en cours afin d’assurer la conservation de tout élément détenu par des entreprises de services numériques, y compris des plateformes d’intelligence artificielle.

Ottawa indique désormais examiner « un éventail de mesures » pour renforcer la protection du public, en particulier celle des enfants. « Toutes les options sont sur la table pour faire en sorte que la sécurité publique et la protection de nos enfants soient au cœur de toute technologie intégrée à ces systèmes dès leur conception », a déclaré le ministre.

Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire relance le débat sur les obligations des entreprises d’intelligence artificielle en matière de détection et de signalement des contenus violents. Elle soulève aussi une question délicate : à partir de quel moment une interaction en ligne doit-elle être jugée suffisamment préoccupante pour justifier une alerte aux autorités, sans empiéter indûment sur la vie privée des utilisateurs.

Alors que le pays est toujours en deuil, la pression s’accentue sur les plateformes technologiques. Entre innovation, sécurité publique et respect des droits, l’équilibre apparaît plus fragile que jamais.

Source : CBC

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