Chiffrement de Messenger : des cadres de Meta alertaient sur un « risque irresponsable »

Des documents internes déposés devant un tribunal du Nouveau-Mexique révèlent que des dirigeants de Meta avaient exprimé de vives inquiétudes avant la généralisation du chiffrement de bout en bout sur Messenger. Selon ces échanges, certains responsables estimaient que la mesure compliquerait fortement la détection des cas d’exploitation sexuelle d’enfants.

Dans un message interne daté de mars 2019, Monika Bickert, alors responsable des politiques de contenu, aurait écrit que l’entreprise s’apprêtait à « faire une mauvaise chose » et qualifié le projet d’« irresponsable ». Les documents ont été rendus publics dans le cadre d’un procès intenté par le procureur général du Nouveau-Mexique, Raul Torrez.

Ce dernier accuse Meta d’avoir permis à des prédateurs d’entrer en contact avec des mineurs via ses plateformes, facilitant dans certains cas des abus hors ligne. Le procès, actuellement en cours, constitue la première affaire de ce type contre Meta à être examinée par un jury.

Le chiffrement de bout en bout, qui empêche toute lecture des messages par un tiers autre que l’expéditeur et le destinataire, est déjà utilisé par des services comme Apple avec iMessage, Google avec Messages, ou encore WhatsApp, également propriété de Meta. Mais, selon les documents internes, l’intégration d’un tel système dans un réseau social public comme Facebook posait des risques supplémentaires.

Un document interne de février 2019 estimait que les signalements d’images liées à l’exploitation sexuelle d’enfants au National Center for Missing and Exploited Children auraient chuté de 18,4 millions à 6,4 millions si Messenger avait été chiffré cette année-là, soit une baisse de 65 %. Une mise à jour ultérieure évoquait l’impossibilité de transmettre proactivement des données aux forces de l’ordre dans des centaines de cas d’exploitation ou de menaces.

En réponse, un porte-parole de Meta a indiqué que ces préoccupations internes avaient conduit l’entreprise à développer des outils de sécurité supplémentaires avant le déploiement du chiffrement par défaut en 2023 sur Messenger et Instagram. Les utilisateurs peuvent toujours signaler des messages problématiques, même si leur contenu est chiffré.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de pressions judiciaires et réglementaires visant Meta aux États-Unis. Plusieurs procureurs généraux et districts scolaires contestent les effets des plateformes sur la santé mentale des jeunes, tandis que d’autres procédures portent sur la protection des mineurs contre les prédateurs. Le débat oppose ainsi deux impératifs difficiles à concilier : la protection de la vie privée par le chiffrement et la capacité des plateformes à détecter et signaler des abus graves.

Source : Reuters

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