Iran coupé du monde, les journalistes trouvent d’autres routes pour informer

Credit : ChatGPT

Après des frappes coordonnées israéliennes et américaines contre un complexe militaire à Téhéran, qui auraient coûté la vie à plusieurs hauts responsables du régime, dont le guide suprême Ali Khamenei, les autorités iraniennes ont imposé une quasi coupure totale d’internet. En quelques heures, le pays s’est retrouvé isolé numériquement, privant journalistes et citoyens de leurs principaux outils de communication.

Pour Mostafa Zadeh, journaliste international basé à Téhéran, la séquence était prévisible. Selon lui, à chaque crise sécuritaire majeure, le gouvernement restreint ou coupe l’accès au réseau, officiellement pour des raisons de sécurité. En pratique, explique-t-il, ces mesures visent à empêcher toute coordination interne perçue comme hostile, mais frappent d’abord les médias locaux, incapables de transmettre textes, images ou vidéos.

Ce scénario rappelle les blocages observés lors des manifestations déclenchées en septembre 2022 après la mort de Mahsa Amini. À l’époque déjà, les autorités avaient ralenti ou interrompu les connexions pour désorganiser les protestataires. Les familles ne pouvaient plus se joindre, les reporters perdaient le contact avec leurs rédactions, et l’extérieur disposait de très peu d’informations vérifiables.

Depuis, le cadre légal s’est durci. Des réformes adoptées fin 2025 ont renforcé les lois sur l’espionnage. Toute personne accusée de collaboration avec Israël ou les États-Unis risque désormais la peine de mort et la confiscation de ses biens. Dans ce contexte, utiliser des solutions satellitaires comme Starlink devient un pari risqué. Certains journalistes y renoncent par crainte d’être localisés par les services de renseignement.

D’autres choisissent malgré tout de contourner la censure. Applications chiffrées comme Signal ou Threema, cartes SIM irakiennes utilisées près des frontières, déplacements pour capter un réseau mobile étranger, vidéos compressées et envoyées par fragments chiffrés : les méthodes se multiplient. À la réception, les équipes génèrent des empreintes cryptographiques afin de prouver que les fichiers n’ont pas été modifiés.

Les rédactions à l’étranger s’appuient aussi sur l’imagerie satellitaire commerciale fournie par Maxar Technologies et Planet Labs, ainsi que sur les données du programme Copernicus Programme de l’European Space Agency. En comparant des images avant et après les frappes, elles peuvent mesurer l’étendue des dégâts, repérer des bâtiments touchés ou des véhicules détruits. En revanche, ces clichés ne permettent ni d’identifier des victimes ni d’établir un bilan humain fiable, une limite que plusieurs journalistes disent s’imposer strictement.

Dans certaines équipes, des collaborateurs hors d’Iran enregistrent en continu les chaînes officielles, analysent image par image les vidéos diffusées et tentent de géolocaliser des indices visuels, comme une enseigne ou une ligne de crête. Les fragments sont ensuite croisés avec des images satellites pour confirmer le lieu et l’heure approximative d’un événement militaire.

Avec une connectivité nationale estimée à environ 4 % du niveau habituel, chaque mégaoctet compte. Les rédactions réduisent leurs échanges au strict minimum. Coordonner des dizaines de correspondants informels, vérifier les témoignages et sécuriser les transferts de données devient un travail à part entière, en plus de l’enquête journalistique.

Selon Amnesty International, plus de 1 000 exécutions ont été recensées en Iran en 2025, un niveau inédit depuis plus d’une décennie. Au moins 15 personnes accusées d’espionnage au profit d’Israël auraient été exécutées depuis la reprise des hostilités en juin 2025. Dans ce climat, maintenir un flux d’information relève d’un équilibre fragile entre devoir d’informer et risque personnel.

Privés d’internet, les journalistes iraniens continuent néanmoins de documenter les événements. À défaut de réseau national, ils construisent des passerelles numériques improvisées. Dans un pays sous surveillance, l’accès à l’information devient lui-même un acte à haut risque.

Source : Wired

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