
À Los Angeles, une nouvelle forme de travail à la demande émerge dans l’écosystème de l’intelligence artificielle. Des centaines de personnes portent désormais des caméras fixées sur la tête ou les poignets pendant qu’elles effectuent des tâches quotidiennes, comme laver la vaisselle, préparer du café ou arroser des plantes. L’objectif est de fournir aux systèmes d’IA des données précises sur les mouvements humains.
Ces vidéos servent à entraîner des modèles d’intelligence artificielle capables de comprendre le monde physique, un domaine que les chercheurs appellent parfois « l’IA physique ». Contrairement aux robots conversationnels comme ChatGPT, qui ont été entraînés avec des données provenant d’internet, les robots ont besoin d’observer comment les humains bougent et interagissent avec leur environnement.
Dans ce nouveau micro-marché, des plateformes de recrutement comme Instawork distribuent du matériel permettant d’enregistrer ces gestes. Les participants reçoivent par exemple un support pour fixer leur téléphone sur la tête et filmer leurs activités domestiques. Une séance d’environ deux heures peut rapporter environ 80 dollars.
Ces données sont particulièrement recherchées par les entreprises de robotique et d’intelligence artificielle. Des sociétés comme Tesla, Google, ou des jeunes pousses californiennes telles que Figure AI développent actuellement des robots humanoïdes capables d’effectuer des tâches dans le monde réel.
Pour reproduire les gestes humains, les modèles doivent comprendre des mouvements très précis. Certains systèmes utilisent même des caméras fixées sur les poignets afin de capturer le détail des gestes, comme couper des légumes, ouvrir une porte ou manipuler des objets.
Ce travail alimente une économie mondiale de collecte de données humaines. Des entreprises comme Scale AI ont déjà accumulé des dizaines de milliers d’heures d’enregistrements pour l’entraînement des robots. Le marché global de la collecte et de l’annotation de données pourrait atteindre environ 17 milliards de dollars d’ici 2030, selon la firme d’analyse Grand View Research.
Certains observateurs critiquent cependant cette nouvelle forme de travail. Ils estiment que ces tâches sont souvent peu rémunérées, alors qu’elles servent à entraîner des technologies susceptibles de remplacer une partie du travail humain.
Malgré ces critiques, plusieurs participants voient surtout une opportunité de revenus supplémentaires. Pour certains travailleurs, filmer leurs tâches quotidiennes revient simplement à être payé pour des activités qu’ils effectuent déjà dans leur vie de tous les jours.
À mesure que les robots et les systèmes d’IA cherchent à comprendre les comportements humains dans le monde réel, ce type de travail pourrait se multiplier. Dans cette économie émergente de l’intelligence artificielle, même les gestes les plus ordinaires deviennent une ressource précieuse pour entraîner les machines.
Source : Los Angeles Times
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