Quand les éoliennes deviennent des centres de données

Credit : Aikido Technologies

La course mondiale pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle pousse l’industrie technologique à explorer des solutions inédites. Une start-up américaine propose maintenant d’installer des salles de serveurs directement dans des plateformes d’éoliennes flottantes en mer. L’objectif est simple, produire l’électricité sur place et utiliser l’environnement marin pour refroidir les machines.

La société Aikido Technologies, basée à San Francisco, prévoit intégrer des centres de données dans les réservoirs sous-marins de ses éoliennes flottantes. Chaque plateforme possède trois ballasts capables d’accueillir des salles informatiques de 3 à 4 mégawatts refroidies par liquide. Une seule éolienne pourrait ainsi héberger entre 10 et 12 mégawatts de capacité informatique, alimentés directement par l’énergie éolienne.

Un premier prototype de 100 kilowatts devrait être déployé d’ici la fin de l’année en mer du Nord, au large de la Norvège. Si l’expérience est concluante, un projet beaucoup plus ambitieux de 15 à 18 mégawatts pourrait suivre au large du Royaume-Uni vers 2028. L’installation utiliserait également des batteries embarquées et une connexion au réseau électrique pour garantir une alimentation stable lorsque les vents faiblissent.

La conception repose sur une plateforme semi-submersible, inspirée de celles utilisées dans l’industrie pétrolière offshore. La turbine se trouve au centre de la structure, tandis que trois bras s’étendent vers des ballasts immergés à une vingtaine de mètres de profondeur. Ces réservoirs contiennent de l’eau douce qui sert à maintenir la stabilité de la plateforme et à alimenter un système de refroidissement liquide pour les serveurs. La chaleur produite est transférée vers les parois métalliques du ballast puis dissipée dans l’eau froide de l’océan.

Pour Sam Kanner, le modèle combine deux avantages majeurs. « Nous bénéficions de l’énergie éolienne et d’un refroidissement naturel. Nous pensons pouvoir proposer des coûts très compétitifs par rapport aux centres de données classiques », affirme-t-il. L’idée a pris forme après l’explosion de la demande en calcul liée à l’IA générative, déclenchée notamment par le lancement de ChatGPT en 2022.

Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large. Face au manque d’électricité et d’espace pour construire des centres de données, plusieurs entreprises explorent des emplacements atypiques. Des projets existent déjà sous l’eau, dans des mines désaffectées ou sur des barges flottantes. Au Japon, par exemple, le groupe maritime Mitsui O.S.K. Lines travaille avec le fabricant turc Kinetics pour créer des navires-centres de données alimentés par des centrales électriques flottantes d’ici 2027.

Ces infrastructures énergétiques sont cruciales. Un centre de données d’environ 10 000 mètres carrés peut consommer autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants. L’utilisation directe d’énergie renouvelable en mer permettrait donc d’éviter la pression sur les réseaux terrestres tout en profitant de l’eau froide pour refroidir les serveurs.

Les défis restent toutefois nombreux. L’environnement marin expose les équipements à la corrosion, aux débris et aux dépôts biologiques. Les centres offshore pourraient aussi devenir des cibles pour le sabotage ou les coupures de câbles sous-marins, un problème déjà observé en Europe du Nord depuis le début de la guerre en Ukraine.

Des chercheurs soulignent également les questions environnementales. La chaleur rejetée dans l’eau pourrait modifier les écosystèmes marins si ces installations se multiplient. Selon plusieurs spécialistes, ces centres de données en mer devraient probablement compléter les infrastructures terrestres plutôt que les remplacer.

Malgré ces incertitudes, en Europe toujours, la mer du Nord attire déjà de nombreux projets. Plusieurs pays européens veulent en faire un immense hub d’énergie éolienne afin de renforcer leur indépendance énergétique et soutenir le développement de l’intelligence artificielle sur le continent. Dans ce contexte, transformer les éoliennes en centres de calcul pourrait bien devenir une nouvelle pièce du puzzle énergétique de l’IA.

Source : Aikido Technologies, Info high tech, France Info, Courrier International

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