L’IA fragilise le modèle économique des médias canadiens

Les grands systèmes d’intelligence artificielle s’appuient largement sur le contenu journalistique canadien, sans en reconnaître clairement la provenance. C’est la conclusion d’une étude du Centre pour les médias, la technologie et la démocratie de l’Université McGill, qui met en lumière un déséquilibre croissant entre producteurs d’information et plateformes d’IA.

Les chercheurs ont analysé 2267 articles d’actualité canadiens en interrogeant quatre modèles majeurs, ChatGPT, Gemini, Claude et Grok. Résultat, dans environ 82 % des cas, les réponses générées ne mentionnent aucune source, même lorsque les informations proviennent directement de contenus journalistiques.

Dans certains cas, les systèmes vont plus loin. Lorsqu’ils sont interrogés sur des articles précis accessibles en ligne, ils fournissent suffisamment d’éléments pour répondre à la demande sans inciter l’utilisateur à consulter la source originale. Autrement dit, l’information est reformulée, mais rarement attribuée.

Même lorsque des liens sont proposés, la transparence reste limitée. L’étude indique que seulement 28 % des réponses citent explicitement une source canadienne, bien que près de la moitié incluent au moins un lien vers un site d’ici. Pour l’utilisateur, la lecture se fait donc souvent sans contexte éditorial ni reconnaissance du travail journalistique.

Le rapport souligne que les entreprises d’IA tirent profit du journalisme à plusieurs niveaux, en utilisant les archives comme données d’entraînement, en générant du contenu dérivé, puis en répondant directement aux utilisateurs. Ce processus réduit mécaniquement le besoin de consulter les médias d’origine.

Les chercheurs estiment que ce fonctionnement « accélère le déclin économique du journalisme dont il dépend ». Une dynamique qui s’ajoute à la pression déjà exercée par les plateformes numériques sur les revenus des médias.

Ces enjeux ont été au cœur d’un sommet national à Banff, où plusieurs représentants du gouvernement fédéral ont reconnu des « questions légitimes » autour du droit d’auteur, de la rémunération et de l’encadrement de l’IA. Ottawa se dit ouvert à adapter son cadre réglementaire.

En parallèle, le conflit s’installe sur le terrain juridique. Une coalition de grands médias canadiens, dont CBC/Radio-Canada, Postmedia et The Globe and Mail, poursuit OpenAI pour utilisation non autorisée de leurs contenus. Un dossier qui pourrait redéfinir les règles du jeu entre intelligence artificielle et industrie de l’information.

Au-delà du cas canadien, l’étude met en évidence une transformation plus large. Là où les réseaux sociaux détournaient l’attention, les systèmes d’IA intègrent désormais directement le contenu journalistique dans leurs réponses. Une évolution qui pose une question centrale, celle de la valeur de l’information à l’ère des machines.

Sources : Centre for Media, Technology and Democracy, Le Devoir

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