Montréal accueille en primeur une expérience immersive inspirée de Black Mirror

Montréal s’apprête à devenir le premier terrain de jeu public de l’univers Black Mirror. Dès le mois de mai prochain, Expériences Infinity, dans le Vieux-Montréal, accueillera une nouvelle production immersive inspirée de la célèbre série créée par Charlie Brooker. L’annonce, relayée notamment par The Hollywood Reporter, Variety et le Centre PHI, confirme que la métropole servira de vitrine de lancement pour cette nouvelle proposition mêlant décor physique et réalité virtuelle.

Baptisée The Black Mirror Experience, l’activité promet une formule de 60 minutes à mi-chemin entre le récit interactif, l’installation immersive et l’expérience en réalité virtuelle. Les visiteurs ne seront pas de simples spectateurs. Par groupes de six personnes au maximum, ils seront invités à devenir les protagonistes d’une histoire originale se déroulant dans l’univers de Black Mirror. Les concepteurs précisent qu’il ne s’agit ni d’un jeu d’évasion ni d’un spectacle passif, mais d’un parcours hybride pensé pour faire vivre les dilemmes technologiques au cœur de l’action.

Le scénario place les participants dans le showroom de Phaethon, une entreprise technologique fictive qui s’apprête à dévoiler son innovation la plus ambitieuse, LifeAgent. Présenté comme un compagnon d’intelligence artificielle conçu pour simplifier le quotidien et aider chacun à devenir la meilleure version de soi-même, ce produit incarne parfaitement les thèmes chers à Black Mirror. Tout semble d’abord fluide, rassurant et séduisant. Puis, comme dans la série, la promesse technologique se fissure et les choix des participants deviennent le moteur du récit.

Ce n’est pas un hasard si Banijay a choisi cette franchise pour inaugurer Banijay Live Studio, sa division consacrée au divertissement immersif fondé sur ses grandes propriétés intellectuelles. Avec Black Mirror, le groupe dispose d’un univers déjà associé aux dérives de la technologie, à la surveillance, à l’automatisation des rapports humains et à la place grandissante de l’intelligence artificielle dans nos vies. En d’autres mots, une matière idéale pour une transposition dans un dispositif immersif où le public doit lui-même prendre des décisions et en subir les conséquences.

Pour Montréal, cette annonce a aussi une portée symbolique. La ville se positionne depuis plusieurs années comme un carrefour de la création immersive, du jeu vidéo, des expériences en réalité virtuelle et des productions culturelles technologiques. Le fait qu’une marque aussi reconnue que Black Mirror choisisse la métropole pour sa première ouverture publique vient renforcer cette réputation. L’expérience sera présentée au 2, rue de la Commune Ouest, dans les installations d’Expériences Infinity, qui se spécialise dans l’exploitation et la diffusion d’expériences immersives de grande envergure.

Sur le plan industriel, ce lancement témoigne aussi d’un mouvement plus large. Les détenteurs de grandes franchises audiovisuelles cherchent de plus en plus à prolonger leurs univers au-delà de l’écran. Après les produits dérivés, les expositions et les expériences thématiques, l’étape suivante consiste à faire entrer physiquement le public dans l’histoire. Banijay Live Studio affirme d’ailleurs vouloir transformer ses marques fortes, de Survivor à Peaky Blinders, en expériences vécues sur place. Black Mirror ouvre donc la marche, avec l’ambition affichée de redéfinir le divertissement immersif basé sur des licences connues.

L’expérience a été développée avec le studio Univrse, spécialisé dans la réalité virtuelle en libre circulation. Son fondateur, David Bardos, affirme que le projet a nécessité des solutions technologiques inédites pour le secteur des expériences immersives sur site. Ce discours s’inscrit dans une logique bien connue du secteur, où la promesse ne repose pas seulement sur l’histoire racontée, mais aussi sur la fluidité technique, la mobilité des participants dans l’espace et la capacité du dispositif à maintenir l’illusion du réel.

Le pari est intéressant, car Black Mirror n’est pas une franchise évidente à adapter. Contrairement à des univers narratifs plus linéaires, la série repose sur des épisodes indépendants, des concepts dystopiques et une critique sociale souvent inconfortable. Pour réussir, l’expérience ne doit donc pas seulement impressionner visuellement, elle doit aussi recréer ce malaise particulier qui fait la force de la série, cette impression que la technologie censée nous servir finit souvent par nous enfermer.

Les billets seront mis en vente à compter du 21 avril, pour une ouverture prévue en mai. L’activité sera accessible aux participants de 12 ans et plus. Aucune connaissance préalable de la série ne sera nécessaire, selon les organisateurs, ce qui laisse entendre que l’expérience veut séduire à la fois les amateurs de Black Mirror et un public plus large curieux de vivre un récit immersif sur les promesses, et les dangers, de l’intelligence artificielle.

Avec cette première mondiale ouverte au public à Montréal, Black Mirror quitte donc l’écran pour tester une autre forme de mise en garde. Cette fois, la technologie inquiétante ne sera plus seulement devant nous. Elle sera tout autour.

Source : Variety, Hollywood Reporter

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