Gladys Diandoki : Vers la fin des sites web au profit des interfaces conversationnelles

Dans sa rencontre de la semaine, Jean-François Poulin pose une question qui résume bien le moment actuel du numérique : en 2026, peut-on envisager de remplacer une partie d’un site web par une interface conversationnelle réellement utile? En discutant avec Gladys Diandocki, spécialiste en stratégie de contenu et en conception d’interfaces, il ouvre une piste qui dépasse largement la simple mode des robots conversationnels.

Le constat de départ est connu. Depuis des années, de nombreuses organisations accumulent des milliers de pages de contenu en ligne, souvent héritées d’une logique ancienne, celle du dépliant transposé sur le web. Résultat, on se retrouve avec des architectures tentaculaires, des textes parfois mal maintenus, peu datés, difficiles à vérifier et encore plus difficiles à parcourir pour les usagers. L’arrivée des grands modèles de langage donne aujourd’hui l’impression qu’une couche conversationnelle pourrait régler ce problème. Mais selon les intervenants, ce serait une erreur de croire que l’IA peut réparer à elle seule un système informationnel mal organisé.

Au cœur de la discussion, il y a une idée essentielle : une interface ne se limite pas à un site web ou à une application. Il existe aussi des interfaces conversationnelles, vocales, téléphoniques, ainsi que des objets connectés. Avec les modèles de langage, toutes ces formes d’interaction entrent désormais dans une phase d’hybridation. L’enjeu n’est donc pas seulement de créer une interface qui parle, mais de concevoir des parcours, des logiques d’accès, des flux de travail et des réponses fondées sur une compréhension fine des contenus disponibles.

C’est là que la réflexion prend une tournure plus structurelle. Pour Gladys Diandocki, le vrai problème n’est pas seulement le design visuel, mais la manière dont les organisations pensent leur contenu. Trop souvent, celui-ci a été traité comme un remplissage, une masse de texte à publier ou à optimiser, plutôt que comme une donnée stratégique. Or, dans un environnement où les systèmes d’IA dépendent du contexte qu’on leur donne, cette matière devient centrale. Si elle est mal classée, mal documentée ou mal gouvernée, l’outil conversationnel risque surtout d’amplifier le désordre existant.

La discussion insiste aussi sur la différence entre surface et structure. Le texte affiché à l’écran, ce qu’on associe souvent au UX writing, n’est qu’une partie visible de l’ensemble. En amont, il y a l’architecture de l’information, la sémantique, les règles de contenu, les comportements associés aux composants d’interface, et toute la logique qui permet à une organisation de produire une expérience cohérente. En d’autres mots, le contenu ne sert pas seulement à remplir des pages, il participe à organiser la pensée même d’une institution ou d’un service.

Jean-François Poulin et son invitée soulignent ainsi qu’il faut cesser de voir l’IA comme une solution magique. Un grand modèle de langage peut rédiger, reformuler ou générer, mais il ne connaît pas d’emblée les règles internes, les priorités, les contraintes d’accessibilité ou les objectifs éditoriaux d’une organisation. Ce travail doit être fait par des humains, dans une démarche de stratégie, de documentation et de gouvernance. Sans cette base, la promesse de l’interface conversationnelle risque de rester superficielle.

Au fond, cette réflexion propose moins de remplacer le web par la conversation que de repenser la façon dont les organisations structurent leur information. L’IA ne change pas seulement les interfaces, elle oblige à revoir les fondations. Et dans ce chantier, la qualité du contenu, sa structure et sa gouvernance pourraient bien devenir les véritables leviers d’une meilleure expérience utilisateur.

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