
La France serre la vis sur sa dépendance technologique. Selon une communication officielle de la DINUM, la direction interministérielle du numérique du pays, l’État français accélère sa stratégie de souveraineté numérique avec un mot d’ordre clair, réduire sa dépendance aux solutions extra-européennes, en particulier américaines. Le nouvel objectif : bâtir une infrastructure plus souveraine, plus interopérable et mieux contrôlée par les administrations publiques.
Parmi les annonces les plus marquantes, l’État français évoque une sortie de Windows pour certains postes de travail au profit de Linux. Le signal est fort. Il montre que la réflexion sur la souveraineté numérique ne se limite plus aux centres de données ou aux marchés publics, mais qu’elle touche désormais les outils utilisés au quotidien par les agents de l’administration.
Cette orientation tranche avec la situation observée dans plusieurs pays, dont le Canada, où Linux joue déjà un rôle important dans l’appareil gouvernemental, mais surtout en arrière-scène. Son usage y est bien réel dans les serveurs, les centres de données, les plateformes d’hébergement et les environnements de calcul scientifique, alors que les postes de travail des fonctionnaires demeurent encore largement dominés par Windows.
Au fédéral, cette présence repose en grande partie sur Services partagés Canada, l’organisme responsable des infrastructures technologiques de l’État. Ottawa mène actuellement une vaste modernisation de ses systèmes d’exploitation afin de mettre à jour plus de 10 000 serveurs Linux ou Unix répartis dans 31 ministères et organismes. Linux occupe aussi une place centrale dans les environnements infonuagiques du gouvernement, notamment avec GC Cloud One, une plateforme utilisée pour déployer rapidement des applications dans le nuage.
Dans le domaine scientifique, des ministères comme Environnement et Changement climatique Canada s’appuient aussi sur Linux pour faire fonctionner des systèmes de calcul intensif liés aux observations météo et aux modèles de prévision. Cette présence discrète, mais stratégique, montre que Linux est déjà solidement implanté là où la stabilité, la performance et la souplesse sont essentielles.
Au Canada comme en France, cette présence de Linux s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’autonomie technologique et l’usage du logiciel libre. Ottawa encourage depuis plusieurs années les normes ouvertes et les solutions à code source ouvert, tandis que Paris cherche maintenant à structurer une véritable politique de sortie de dépendance.
En France, d’autres gestes concrets accompagnent ce virage. La Caisse nationale d’Assurance maladie a déjà amorcé la migration de ses 80 000 agents vers des outils du socle numérique interministériel, notamment Tchap, Visio et FranceTransfert. Le gouvernement prévoit aussi de migrer d’ici la fin de 2026 la plateforme des données de santé vers une solution de confiance.
Chaque ministère devra désormais formaliser, d’ici l’automne, son propre plan de réduction des dépendances dans des secteurs jugés critiques, qu’il s’agisse des postes de travail, des outils collaboratifs, des antivirus, de l’intelligence artificielle, des bases de données, de la virtualisation ou encore des équipements réseau. Paris veut aussi s’appuyer sur l’industrie pour faire émerger des alternatives européennes crédibles.
Ce que montre la comparaison avec le Canada, c’est qu’un virage vers Linux dans l’État ne se fait pas nécessairement d’un seul coup sur le bureau des employés. Il commence souvent là où le public ne regarde pas, dans les infrastructures, les plateformes et les systèmes critiques. La France semble maintenant vouloir franchir une étape de plus en amenant cette logique jusque sur le poste de travail.
Source : numerique.gouv.fr
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