UQAM balise l’usage de l’IA générative sur son campus

L’UQAM vient de rendre publics ses « Principes orientant les usages des outils d’IA générative à l’UQAM », un document qui fixe le cadre de référence pour l’utilisation de ces outils par l’ensemble de sa communauté universitaire. On y retrouve cinq grands principes, allant de la transparence à la sécurité, en passant par l’esprit critique, la créativité encadrée et le respect des personnes et de l’environnement.

Avec cette publication, l’université montréalaise pose un geste attendu dans le milieu de l’enseignement supérieur. L’IA générative est déjà entrée dans les salles de classe, les travaux étudiants, les activités de recherche et les tâches administratives. L’enjeu n’est donc plus de savoir si ces outils seront utilisés, mais plutôt dans quelles conditions. L’UQAM choisit ici une voie de balisage plutôt qu’une logique d’interdiction. Elle reconnaît le potentiel d’assistance de ces technologies, tout en rappelant que leur usage doit rester compatible avec les valeurs de l’établissement, soit l’accessibilité, l’engagement, l’audace et l’ouverture.

Le premier message envoyé est clair : l’usage de l’IA devra se faire avec transparence et intégrité. L’université demande que toute utilisation soit déclarée explicitement dans les productions, au même titre qu’une autre source. Pour les étudiantes et étudiants, cela signifie aussi le respect du cadre des plans de cours, des consignes d’évaluation et des règles sur les infractions académiques. Pour le corps enseignant, cela suppose d’indiquer sans ambiguïté ce qui est permis, toléré ou interdit dans les cours, les mémoires, les thèses et les essais.

Deuxième axe fort, l’autonomie intellectuelle. L’UQAM insiste sur la nécessité de garder un regard critique sur les contenus produits par les machines. Le document rappelle que les réponses générées peuvent contenir des erreurs, des biais ou des angles morts, et que les membres de la communauté demeurent responsables du contenu qu’ils utilisent ou diffusent. L’université encourage donc un usage mesuré, où l’outil sert d’assistant pour certaines tâches, sans se substituer au raisonnement, à l’analyse ou à la synthèse personnelle.

Le troisième principe traduit une posture plus ouverte. L’UQAM ne présente pas l’IA uniquement comme un risque à encadrer, mais aussi comme un levier possible pour enrichir l’apprentissage, la recherche et le développement professionnel. Elle invite sa communauté à développer une véritable littératie de l’IA, autrement dit une compréhension plus fine du fonctionnement de ces systèmes, de leurs effets et de leurs limites. Cette orientation laisse entendre que l’établissement ne veut pas simplement réagir à l’arrivée de ces outils, mais préparer sa communauté à vivre avec eux de manière réfléchie.

Le document se distingue aussi par l’importance accordée aux impacts humains et environnementaux. L’UQAM rappelle que l’IA n’est pas neutre, qu’elle peut reproduire des discriminations existantes et qu’elle a une empreinte écologique bien réelle. Elle souligne aussi que ces outils ne doivent jamais remplacer les relations humaines essentielles, notamment dans le contexte pédagogique. Dans un moment où plusieurs établissements cherchent encore leur ton entre enthousiasme technologique et prudence éthique, cette insistance sur la dignité, l’inclusion et la sobriété numérique mérite d’être notée.

Enfin, le dernier principe ramène la discussion sur le terrain de la responsabilité et de la sécurité. L’UQAM invite sa communauté à vérifier les paramètres de confidentialité des outils, à éviter d’y téléverser des documents protégés ou des données sensibles sans consentement, et à anonymiser l’information lorsque nécessaire. Ce rappel est loin d’être anodin. Dans bien des cas, l’adoption rapide des outils d’IA générative a devancé les réflexes de cybersécurité, de protection des renseignements personnels et de respect de la propriété intellectuelle. L’université cherche ici à éviter que l’innovation se fasse au détriment de la prudence.

Avec ce texte, l’UQAM ne crée pas un régime de surveillance, mais un cadre culturel. Il dit à la communauté uqamienne que l’IA générative peut avoir sa place à l’université, à condition qu’elle reste un outil, et non un substitut à la pensée, à la relation humaine ou à la responsabilité individuelle. Dans le contexte actuel, où les établissements d’enseignement supérieur cherchent tous leur équilibre face à l’essor de l’IA, l’UQAM vient de poser un jalon important. Pas pour fermer la porte à la technologie, mais pour rappeler que l’université demeure d’abord un lieu d’apprentissage, de jugement et de discernement.

Source : UQAM

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire