
Hier à Pékin, le demi-marathon a offert une scène qui aurait semblé improbable il y a encore peu de temps. En parallèle des 12 000 coureurs humains inscrits à l’épreuve, plus d’une centaine de robots humanoïdes chinois ont pris le départ sur un parcours de 21 kilomètres. L’événement avait des allures de démonstration technologique à ciel ouvert, mais aussi de vitrine politique et industrielle pour un secteur que la Chine veut clairement dominer.
Le contraste avec l’édition précédente est frappant. L’an dernier, la plupart des robots n’étaient pas allés au bout de la course et les incidents techniques s’étaient multipliés. Cette fois, plusieurs machines ont affiché une vitesse et une stabilité bien supérieures, au point que certaines ont devancé les meilleurs coureurs humains de plus de dix minutes. Le robot vainqueur, mis au point par Honor, a complété la distance en 50 minutes et 26 secondes.
Au-delà du chrono, c’est surtout l’autonomie des machines qui retient l’attention. Près de la moitié des robots participants ont été capables de gérer le parcours sans télécommande, grâce à leurs systèmes de navigation embarqués. Pour les ingénieurs, cette capacité à évoluer seuls sur un terrain plus exigeant constitue un indicateur important de maturité technologique, bien plus qu’un simple exploit sportif.
Honor, l’entreprise à l’origine du robot gagnant, explique avoir travaillé pendant un an sur cette machine. Ses concepteurs disent avoir utilisé de longues jambes, proches des proportions d’un coureur d’élite, ainsi qu’un système de refroidissement liquide inspiré de ses téléphones intelligents. Derrière la performance, on voit déjà se dessiner le lien entre robotique, électronique grand public et intelligence artificielle, trois domaines dans lesquels les groupes chinois cherchent de plus en plus à créer des passerelles.
Pour Pékin, l’enjeu dépasse largement le cadre d’une compétition originale. La robotique humanoïde est perçue comme un levier stratégique pour transformer l’industrie manufacturière, réduire la dépendance à certaines tâches répétitives ou dangereuses et, à terme, renforcer l’autonomie technologique du pays. Les autorités chinoises multiplient d’ailleurs les mesures de soutien, des subventions aux projets d’infrastructure, pour aider les entreprises locales à accélérer.
Il faut toutefois éviter de confondre démonstration spectaculaire et déploiement industriel massif. Plusieurs experts rappellent que courir en ligne droite, même rapidement, ne signifie pas qu’un robot est prêt à remplacer un travailleur humain en usine. La dextérité, la perception fine du réel, l’adaptation à des environnements complexes et la rentabilité économique restent des obstacles de taille. La course de Pékin montre des progrès réels, mais elle ne règle pas encore les défis de fond.
Reste que l’image est forte. Voir des robots humanoïdes courir avec aisance dans une épreuve publique, devant des milliers de spectateurs, contribue à banaliser une technologie qui relevait encore récemment du laboratoire. La Chine a compris la puissance de cette mise en scène. En montrant des machines plus rapides, plus autonomes et plus nombreuses, elle envoie un message simple au reste du monde : la prochaine grande bataille industrielle pourrait bien se jouer sur deux jambes de métal.
Source : Reuters, The Guardian, Taipei Times
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