Le Royaume-Uni mise sur une IA souveraine, et le Canada a tout intérêt à regarder de près

Le Royaume-Uni vient d’envoyer un signal clair au marché de l’intelligence artificielle. Londres met en place une unité baptisée Sovereign AI, dotée d’une enveloppe d’environ 930 millions de dollars canadiens, avec l’objectif d’investir dans des entreprises locales, de leur ouvrir l’accès à des superordinateurs publics et de les aider à grandir sans quitter le territoire britannique. Dans le même mouvement, le gouvernement a lancé une démarche de marché d’environ 148 millions de dollars canadiens pour acheter, tester et valider de nouvelles capacités d’IA comme client de départ.

L’élément le plus intéressant de cette stratégie, c’est sans doute l’approche commerciale. Le gouvernement britannique ne veut pas seulement financer la recherche ou construire des infrastructures. Il veut aussi devenir un acheteur précoce, capable de donner un premier contrat à des jeunes pousses et de réduire le risque pour les investisseurs privés. Autrement dit, l’État ne se contente plus de subventionner l’innovation, il tente de créer un marché intérieur pour faire émerger des champions nationaux.

Autre détail révélateur, les entreprises retenues conserveraient la propriété intellectuelle développée pendant les projets, tandis que l’État garderait des droits d’usage. Ce choix est tout sauf anodin. Il vise à éviter que les innovations financées en partie par l’argent public soient étouffées dans les rouages administratifs. Le message envoyé aux entreprises est simple : travaillez avec l’État, mais gardez la capacité de commercialiser vos solutions ailleurs. Cette logique ressemble davantage à celle du capital de risque qu’à celle d’un programme public traditionnel.

Vu du Canada, cette offensive britannique résonne de façon particulière. Ottawa a lui aussi accéléré sur le thème de la souveraineté numérique en IA. Le gouvernement fédéral a ouvert le 15 avril un appel pour bâtir une infrastructure canadienne de supercalcul dédiée à l’IA, dans le cadre de la Stratégie canadienne de calcul souverain pour l’IA. Cette stratégie prévoit trois volets, soit la mobilisation de capitaux privés, la création d’infrastructures publiques de supercalcul et un fonds d’accès à la puissance de calcul. Ottawa parle explicitement de protection des données canadiennes, de propriété intellectuelle locale et de réduction de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères.

La différence, pour l’instant, c’est que le Canada met surtout l’accent sur l’infrastructure, alors que le Royaume-Uni combine infrastructure, investissement direct et débouchés publics. En clair, le Canada construit les fondations, mais le modèle britannique va plus loin en essayant de garantir des clients, du financement et un parcours de croissance plus complet pour les entreprises d’IA. C’est probablement là que se jouera une partie de la compétition internationale dans les prochaines années.

Pour les acteurs canadiens, la leçon est importante. Si Ottawa veut réellement faire émerger des entreprises d’IA capables de rester ici, il ne suffira pas d’offrir du calcul et des centres de données. Il faudra aussi penser à la commande publique comme outil industriel. Santé, cybersécurité, énergie, transport, services publics, ce sont précisément les secteurs que Londres met déjà de l’avant dans son appel au marché. Le Canada pourrait très bien s’en inspirer pour transformer ses programmes publics en tremplins commerciaux pour ses propres entreprises.

Le Royaume-Uni traite désormais l’IA comme un enjeu de souveraineté économique et stratégique, pas seulement comme un secteur technologique prometteur. Le Canada est engagé sur une voie voisine, mais avec une approche encore plus centrée sur la capacité de calcul. La prochaine étape, si Ottawa veut vraiment adapter cette logique au marché canadien, sera de relier infrastructure, financement et achats gouvernementaux dans une même stratégie. C’est souvent ainsi que naissent les écosystèmes capables de tenir tête aux géants étrangers.

Source : Gov.UK, Canada

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