
Selon un article du New York Times, Elon Musk serait en train de redéfinir les priorités de SpaceX à l’approche d’une entrée en Bourse très attendue. Pendant des années, la promesse de SpaceX a tenu en une formule simple : envoyer l’humanité sur Mars. C’était le cœur du récit, la colonne vertébrale du projet industriel, et même l’un des principaux outils de mobilisation autour de l’entreprise. Or, à en croire les informations rapportées par le New York Times, cette ambition ne disparaît pas, mais elle n’occupe plus seule le devant de la scène.
Au cours des derniers mois, Elon Musk aurait commencé à mettre de l’avant d’autres chantiers, beaucoup plus liés à l’intelligence artificielle et à l’infrastructure spatiale. Parmi les pistes évoquées, il serait désormais question de centres de données en orbite, d’usines lunaires, de fabrication de puces pour l’IA et d’installations capables de soutenir une nouvelle économie spatiale. Dans cette logique, l’espace ne servirait plus uniquement à transporter des humains vers Mars, mais à héberger les fondations technologiques d’un futur dominé par l’informatique avancée
Cette réorientation surprend, d’autant plus qu’elle intervient au moment où SpaceX se préparerait à l’une des plus importantes introductions en Bourse de l’histoire. Des investisseurs doivent d’ailleurs visiter certaines installations de l’entreprise afin d’en apprendre davantage sur cette vision renouvelée. Pour plusieurs observateurs, le contraste est frappant. Dans une entreprise classique, un tel changement de discours à la veille d’un appel au marché serait perçu comme un signal d’instabilité. Mais Elon Musk n’est pas un dirigeant classique, et son parcours montre qu’il sait souvent entraîner les investisseurs dans des paris audacieux, même lorsque ses échéanciers dérapent ou que ses annonces semblent improvisées
Mais ce n’est pas la première fois que Musk modifie brutalement l’orientation de SpaceX. Dans l’article du NY Times, d’anciens employés décrivent une culture interne habituée aux virages soudains, aux annonces publiques faites avant que les projets soient prêts et aux objectifs fixés sur un coup d’intuition. C’est notamment ce qui se serait produit avec la capsule Dragon ou encore avec Starlink, un projet qui a d’abord suscité des doutes avant de devenir un moteur majeur de revenus pour l’entreprise. En 2024, Starlink aurait généré 8 milliards de dollars de ventes et atteint 10 millions d’abonnés, ce qui renforce l’idée, chez les partisans de Musk, que ses intuitions peuvent finir par produire des marchés entiers
La nouveauté, cette fois, est l’importance accordée à l’IA. SpaceX aurait déposé en janvier des documents auprès de la Federal Communications Commission pour un possible système d’un million de satellites destiné à des centres de données orbitaux. Peu après, l’entreprise aurait annoncé une fusion avec xAI, puis un accord avec Cursor, une jeune pousse spécialisée dans les outils de programmation assistée par IA. Ce déplacement du centre de gravité vers l’intelligence artificielle laisse penser que Musk veut faire de SpaceX non seulement un acteur du transport spatial, mais aussi un pilier de l’infrastructure numérique de demain
Autre changement notable, le retour de la Lune dans le discours. Longtemps, Musk aurait minimisé l’intérêt d’un retour lunaire, estimant qu’il ne s’agissait pas d’un objectif réellement inédit. Mais avec le regain d’intérêt de la NASA pour l’exploration lunaire, il semble désormais voir dans la Lune une étape plus rapide, et peut-être plus rentable, vers la sécurisation d’une présence humaine durable hors de la Terre. Dans cette vision, Mars resterait l’horizon ultime, mais la Lune deviendrait un laboratoire, un tremplin, voire un marché intermédiaire plus accessible
Au fond, ce que révèle ce changement de cap, c’est une transformation du récit de SpaceX. L’entreprise ne serait plus uniquement portée par une destination, Mars, mais par une série d’infrastructures capables de soutenir à la fois l’IA, l’industrie spatiale et la colonisation future. Cela peut séduire des investisseurs à la recherche d’un nouveau grand récit technologique. Mais cela soulève aussi une question plus simple : quand une entreprise change sans cesse de promesse, à quel moment le rêve devient-il difficile à suivre?
Source : New York Times
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