Musk et Altman rappelés à l’ordre dans leur procès contre OpenAI

Le procès opposant Elon Musk à OpenAI a commencé dans un climat déjà tendu, au point de pousser la juge Yvonne Gonzalez Rogers à rappeler les principaux protagonistes à la retenue. Avant les déclarations d’ouverture, la magistrate du tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, a demandé à Musk, Sam Altman et Greg Brockman de contrôler leur tendance à utiliser les réseaux sociaux pour aggraver le conflit en dehors de la salle d’audience.

Cette mise au point survient après une série de publications d’Elon Musk sur X, où il a critiqué la direction d’OpenAI et relayé des contenus défavorables à Sam Altman. Selon Bloomberg, Musk a notamment amplifié une publication du journaliste Ronan Farrow liée à une enquête du New Yorker sur le patron d’OpenAI, tout en s’en prenant directement à lui. En cour, Musk a soutenu qu’il ne faisait que répondre à des déclarations publiques de la direction d’OpenAI.

La juge a proposé un « nouveau départ » à compter de l’audience. Musk, Altman et Brockman ont accepté. Mais ce rappel à l’ordre illustre l’arrière-plan très personnel d’un litige qui dépasse largement les échanges en ligne entre figures de la Silicon Valley.

Au cœur du procès se trouve une question fondamentale : OpenAI a-t-elle trahi sa mission initiale en évoluant d’un laboratoire à but non lucratif vers une structure commerciale soutenue par des investissements massifs, notamment ceux de Microsoft ? Musk, qui a cofondé OpenAI en 2015 avant de quitter son conseil d’administration, affirme que l’organisation a abandonné ses principes fondateurs. Il demande notamment à la justice d’annuler la restructuration à but lucratif d’OpenAI.

Devant le jury, Elon Musk a présenté son action comme une bataille de principe. Il a affirmé poursuivre OpenAI pour empêcher ce qu’il décrit comme le détournement d’une organisation caritative. Selon lui, si le comportement d’Altman et Brockman n’était pas jugé problématique, l’affaire pourrait créer un précédent inquiétant pour d’autres organismes philanthropiques.

OpenAI présente une lecture très différente. Son avocat, William Savitt, a soutenu que la poursuite de Musk vise surtout à affaiblir un concurrent direct de sa propre entreprise d’intelligence artificielle, xAI. Il affirme aussi que Musk lui-même aurait envisagé, dès les premières années d’OpenAI, une structure commerciale permettant de financer les énormes besoins en calcul nécessaires au développement de l’IA.

La défense d’OpenAI soutient également que Musk voulait transformer OpenAI en entreprise pleinement commerciale sous son contrôle, mais que les autres fondateurs ont refusé de lui confier les clés du projet. OpenAI insiste pour sa part sur le fait que sa fondation à but non lucratif demeure au sommet de sa gouvernance et détient une participation importante dans la nouvelle structure.

Microsoft, également visée dans les arguments du camp Musk, nie avoir joué un rôle de contrôle. Son avocat affirme que l’entreprise a agi comme partenaire financier et technologique, sans chercher à diriger OpenAI. Microsoft a investi des milliards dans la société depuis 2019, ce qui en a fait l’un des partenariats les plus importants de l’histoire récente de l’intelligence artificielle.

Le procès doit durer environ trois semaines. Le jury devra examiner des années de courriels, de messages et de documents internes remontant aux débuts d’OpenAI. Son verdict sera consultatif : la décision finale reviendra à la juge Gonzalez Rogers. L’enjeu est considérable, car l’issue pourrait influencer l’avenir d’OpenAI au moment où l’entreprise se rapproche d’une valorisation colossale et d’une éventuelle entrée en Bourse.

Au-delà de l’affrontement entre Musk et Altman, ce procès pose une question plus large sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Une organisation créée pour développer l’IA au bénéfice du public peut-elle devenir un acteur commercial dominant sans renier sa mission d’origine ? C’est désormais à la justice américaine de tracer une partie de cette frontière.

Source : Bloomberg, nytimes, wsj

******

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire