
Ask.com, l’un des moteurs de recherche emblématiques des débuts du web grand public, a officiellement cessé ses activités le 1er mai 2026, après près de 30 ans d’existence. La fermeture marque la fin d’un service qui avait incarné une manière plus conviviale, presque naïve, d’interroger internet, bien avant l’arrivée de Google comme porte d’entrée dominante du web et bien avant les assistants d’intelligence artificielle comme Claude, Grok ou Gemini.
Lancé en 1996 à Berkeley, en Californie, Ask Jeeves proposait une idée alors originale : permettre aux internautes de poser des questions en phrases complètes plutôt que de simplement entrer une série de mots-clés. Son personnage central, Jeeves, un majordome numérique inspiré de l’univers de P.G. Wodehouse, donnait au service une identité immédiatement reconnaissable. L’internaute ne cherchait pas seulement une page, il semblait s’adresser à quelqu’un.
Cette approche a contribué à la popularité initiale du site au tournant des années 2000, à une époque où les internautes cherchaient des réponses sur Britney Spears, les tamagotchis, George W. Bush ou les Beanie Babies. Ask Jeeves appartenait à ce premier âge du web, celui d’AOL Instant Messenger, de LimeWire et des moteurs de recherche encore nombreux à se disputer l’attention des utilisateurs.
Mais la qualité des réponses demeurait inégale. Très rapidement, Google et Yahoo ont pris l’avantage en imposant des résultats plus efficaces, une interface plus simple et une indexation plus puissante du web. Ask Jeeves a tenté de se relancer après son acquisition par InterActiveCorp pour plus d’un milliard de dollars en 2005. L’année suivante, le service a abandonné Jeeves pour devenir Ask.com, dans l’espoir de paraître plus moderne et de concurrencer les géants de la recherche.
Ask.com n’a pourtant jamais réussi à reprendre une place centrale. Le service a innové à certains moments, notamment avec des superpositions cartographiques hyperlocales et des aperçus miniatures de pages web, mais ces efforts n’ont pas suffi. En 2010, l’entreprise est revenue à son format d’origine, axé sur les questions et réponses, alors que Quora, Google et d’autres services occupaient déjà largement ce terrain.
La fermeture d’Ask.com illustre la dureté de l’économie du web : les pionniers ne survivent pas toujours à la transformation du marché qu’ils ont contribué à créer. Le service avait anticipé, d’une certaine façon, notre relation actuelle avec les robots conversationnels : poser une question complète, attendre une réponse directe, interagir avec une interface qui semble comprendre l’intention. Mais il n’avait ni la puissance technique ni l’écosystème publicitaire qui allaient permettre à Google de s’imposer durablement.
Il reste de Jeeves une forme de nostalgie numérique. Le majordome en complet n’a pas simplement disparu d’un site web, il rejoint la mémoire d’un internet plus lent, plus expérimental et parfois plus humain dans son apparence. Sa disparition rappelle que le web oublie vite ses premiers guides. Même les majordomes finissent par rendre leur tablier.

Source : nytimes
******
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

