
Le commerce en ligne n’est plus un comportement émergent au Québec. Il est devenu une habitude de consommation bien installée. Selon la plus récente édition du NETendances, 82 % des adultes québécois ont effectué au moins un achat en ligne au cours de l’année, contre 74 % en 2024. Chez les 25 à 44 ans, cette proportion grimpe même à 94 %, signe que l’achat numérique fait désormais partie des réflexes de consommation courants.
Mais cette progression ne raconte pas toute l’histoire. Si davantage de Québécois achètent en ligne, ils semblent le faire avec plus de retenue. La proportion de cyberacheteurs qui déclarent avoir augmenté leurs dépenses en ligne est passée de 47 % en 2024 à 37 % en 2025. À l’inverse, 14 % disent les avoir réduites. Le commerce électronique continue donc de croître, mais dans un climat de prudence budgétaire où le coût total de l’achat, et particulièrement les frais de livraison, pèse davantage dans la décision.
Ce frein est loin d’être marginal. Les frais de livraison sont mentionnés par 57 % des cyberacheteurs comme le principal obstacle à l’achat en ligne par rapport à l’achat en magasin. Cette donnée nuance l’idée selon laquelle la commodité suffit à convaincre. Certes, 54 % citent la livraison à domicile comme l’un des grands avantages du commerce en ligne, mais cet avantage devient fragile dès que les frais additionnels donnent l’impression de réduire, ou d’annuler, l’économie recherchée.
Amazon demeure le joueur dominant dans ce paysage. NETendances indique que 83 % des cyberacheteurs québécois y ont effectué au moins un achat en 2025, très loin devant Walmart, qui arrive au deuxième rang avec 30 %. Cette avance confirme le poids de la plateforme dans les habitudes numériques. Mais là encore, le portrait se complexifie. La part des cyberacheteurs abonnés à Amazon Prime est passée de 52 % en 2024 à 43 % en 2025, une baisse de neuf points. Le service conserve donc une base importante, mais il n’échappe pas à la rationalisation des abonnements numériques.
Ce recul ne signifie pas pour autant un désengagement massif. Le rapport montre que 80 % des membres d’Amazon Prime ont conservé leur abonnement malgré les tensions commerciales avec les États-Unis et la fermeture d’entrepôts Amazon au Québec. Parmi ceux qui ont résilié leur abonnement en 2025, 29 % l’ont réactivé au cours de l’année. Autrement dit, plusieurs consommateurs peuvent vouloir prendre leurs distances avec Amazon, sans nécessairement renoncer à ses avantages pratiques.
Le rapport met aussi en lumière un déplacement partiel des dépenses. La part moyenne des achats en ligne réalisés sur Amazon est passée de 64 % en 2024 à 54 % en 2025. Cette diminution s’est faite en partie au profit des marchands québécois et canadiens, dont les parts progressent respectivement de trois et six points de pourcentage. Ensemble, les marchands québécois et canadiens représentent 31 % des dépenses en ligne des cyberacheteurs du Québec.
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte politique et économique particulier. Le début de 2025 a été marqué par des tensions commerciales avec les États-Unis et par la fermeture d’entrepôts d’Amazon au Québec. Près de la moitié des cyberacheteurs, 48 %, affirment avoir réduit ou complètement cessé leurs achats auprès de marchands américains. Dans le détail, 33 % disent avoir diminué leurs achats tout au long de l’année, 15 % les avoir arrêtés, tandis que 11 % ont réduit ou arrêté avant de reprendre leurs habitudes.
Il serait toutefois exagéré d’y voir un virage massif et durable vers l’achat local. Le rapport montre que 55 % des cyberacheteurs ont acheté auprès de marchands québécois en 2025, mais seulement 10 % y ont consacré la majorité de leurs dépenses en ligne. L’achat local numérique progresse, mais il demeure souvent complémentaire. Les marchands québécois se heurtent encore à des freins bien identifiés : prix plus élevés, frais de livraison, choix plus limité, délais de livraison et politiques de retour parfois perçues comme moins simples.
Le commerce en ligne québécois entre ainsi dans une nouvelle phase. Il n’est plus seulement tiré par l’adoption, mais par l’arbitrage. Les consommateurs veulent gagner du temps, éviter les déplacements, comparer les prix et accéder à une offre plus large. En même temps, ils surveillent davantage leurs dépenses, questionnent certains abonnements, réévaluent leur dépendance aux géants américains et cherchent, quand c’est possible, à soutenir des marchands d’ici.
Source : NEtendances
******
Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.
Ou encore…
Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

