
La fermeture du détroit d’Ormuz ajoute une pression majeure sur une industrie des semi-conducteurs déjà fragilisée par la demande en intelligence artificielle, les tensions géopolitiques et la hausse des coûts. Selon Bloomberg, les grands fabricants asiatiques, dont TSMC, Samsung Electronics et SK Hynix, doivent composer avec des perturbations dans l’approvisionnement en énergie, en gaz rares et en produits chimiques essentiels à la fabrication des puces.
Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement une route stratégique pour le pétrole. Il est aussi un passage clé pour le gaz naturel liquéfié et plusieurs dérivés utilisés dans la chaîne de production des semi-conducteurs. Ces matières entrent dans la fabrication de composants chimiques indispensables à la gravure, au nettoyage et au traitement des plaquettes de silicium. Chaque semaine de blocage accroît donc le risque de perturbation dans une industrie où les étapes de production sont étroitement liées.
L’enjeu le plus immédiat est énergétique. La fabrication de puces exige énormément d’électricité, surtout pour les usines de pointe qui utilisent les machines de lithographie ultraviolette extrême d’ASML. Taïwan est particulièrement vulnérable, car l’île importe plus de 90 % de ses besoins énergétiques et dépend fortement du gaz naturel liquéfié. En 2025, près de 40 % de son GNL provenait du Moyen-Orient. La Corée du Sud, où Samsung et SK Hynix produisent une grande partie des puces mémoire mondiales, est elle aussi très exposée aux importations d’énergie qui transitent par Ormuz.
Au-delà de l’énergie, la chaîne chimique des semi-conducteurs est elle aussi menacée. L’industrie dépend de produits dérivés du pétrole et du gaz, dont l’hélium, le brome, le soufre, les solvants, les diluants et les photoresists. Ces matériaux servent notamment à imprimer les circuits sur les plaquettes, à les nettoyer et à les graver. Certains ont une durée de conservation limitée et les données sur les stocks mondiaux sont fragmentaires, ce qui complique la planification des fabricants.
L’hélium constitue l’un des points les plus sensibles. Ce gaz est essentiel à certaines étapes de gravure et de stabilisation des plaquettes. Il est particulièrement important pour les puces mémoire, qui en consomment davantage que les puces logiques. Samsung, SK Hynix et certains fabricants chinois sont donc plus vulnérables. La situation a été aggravée par l’arrêt d’installations de Qatar Energy, qui a retiré environ le tiers de l’approvisionnement mondial en hélium. La Corée du Sud importe une grande partie de son hélium du Qatar, tandis que la Chine dépend fortement des importations.
Pour l’instant, les grands fabricants affirment ne pas voir d’impact majeur à court terme. TSMC, Samsung, SK Hynix, Micron et SMIC disposent de stocks de sécurité constitués après les crises logistiques des dernières années. Les autorités sud-coréennes et japonaises disent aussi avoir des réserves suffisantes pour plusieurs mois. Mais les prix de certains gaz et produits chimiques augmentent déjà, et les entreprises cherchent à sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment aux États-Unis et au Canada. Samsung et SK Hynix ont aussi commencé à recycler certains matériaux, dont l’hélium.
Les effets pourraient se faire sentir progressivement chez les consommateurs et dans plusieurs industries. Les puces avancées destinées à l’IA captent déjà une part croissante de la capacité de production, au détriment de composants plus conventionnels utilisés dans les voitures, les consoles de jeu, les électroménagers, les ordinateurs personnels ou les équipements médicaux. Une perturbation prolongée pourrait faire grimper les prix, allonger les délais et freiner certains projets de centres de données. Cette crise rappelle surtout une réalité souvent oubliée : l’économie numérique repose sur des routes maritimes, des gaz industriels, des produits chimiques et une énergie abondante. La souveraineté technologique ne se limite donc pas à construire des usines de puces, elle exige aussi de sécuriser tout ce qui les rend possibles.
Source : Bloomberg
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