Les entreprises canadiennes investissent plus en TI, mais peinent encore à les gouverner

La 10e édition du rapport Portrait TI, réalisée par NOVIPRO avec Léger et IBM, dresse le portrait d’entreprises canadiennes qui ont compris l’importance stratégique des technologies, sans toujours avoir mis en place les mécanismes nécessaires pour en tirer pleinement profit. Ce rapport confirme que l’enjeu n’est plus seulement d’adopter l’intelligence artificielle, l’infonuagique ou de nouveaux outils de cybersécurité, mais de les intégrer à une stratégie d’affaires cohérente.

Le rapport parle d’un point de bascule. Les budgets augmentent, les ambitions technologiques aussi, et les équipes TI sont de plus en plus présentes dans les discussions stratégiques. Selon les données du rapport, 87 % des organisations impliquent maintenant les TI dans la définition de leur stratégie d’entreprise. Mais cette présence ne signifie pas nécessairement une influence réelle. Les dirigeants TI estiment beaucoup plus fortement que les non-spécialistes que les technologies sont au cœur de la stratégie. Cet écart de perception devient l’un des grands angles morts des organisations.

L’intelligence artificielle illustre bien cette tension. 80 % des organisations canadiennes utilisent activement des solutions d’IA, et plus de la moitié ont dépassé le stade des projets pilotes. L’IA n’est donc plus un sujet expérimental réservé aux laboratoires ou aux équipes d’innovation. Elle entre dans les opérations, la prise de décision, l’automatisation et le service à la clientèle. Mais le rapport insiste sur une limite importante : sans formation, gouvernance et règles internes claires, l’adoption rapide peut accentuer les risques plutôt que produire des gains durables.

La souveraineté des données devient, elle aussi, un enjeu d’affaires. 77 % des organisations canadiennes jugent la question plus critique qu’il y a deux ans, et 64 % ont déjà posé des gestes concrets. Dans un contexte de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, la question dépasse le simple choix d’un fournisseur infonuagique. Il s’agit désormais de savoir où sont hébergées les données, qui les contrôle, sous quelle juridiction elles se trouvent et dans quelle mesure l’entreprise peut conserver sa marge de manœuvre.

La cybersécurité demeure une priorité, mais le rapport relève un décalage entre les investissements et la préparation réelle. 93 % des organisations ont mis en place au moins une mesure de protection contre une violation de données. La cyberassurance progresse fortement, passant de 27 % à 60 % en un an. Mais ces chiffres positifs cachent une réalité plus fragile : la formation des employés reste insuffisante, les cadres de gouvernance sont encore inégaux, et plusieurs entreprises semblent davantage miser sur les outils que sur les processus et la responsabilisation.

Le volet ressources humaines est tout aussi préoccupant. 91 % des entreprises canadiennes font face à au moins un enjeu lié aux talents TI. Recrutement, rétention, formation, épuisement et écart de compétences ne sont plus seulement des problèmes de gestion du personnel. Dans des organisations où les TI soutiennent les opérations, la sécurité, les données et l’innovation, ces difficultés deviennent un risque opérationnel. Le rapport insiste d’ailleurs sur la nécessité de renforcer les capacités internes plutôt que de croire que le recours à des ressources externes suffira à combler les faiblesses.

L’infonuagique confirme enfin la transformation de fond du paysage technologique canadien. En 2017, les entreprises conservaient encore la majorité de leur infrastructure en interne. En 2026, la tendance s’est inversée : le rapport indique que les organisations prévoient que 56 % de leur infrastructure sera hébergée dans l’infonuagique d’ici deux ans. Cette migration n’élimine pas pour autant le besoin d’expertise interne. Deux entreprises sur trois prévoient continuer à dépendre de leurs équipes internes pour gérer leur infrastructure, ce qui montre que la modernisation ne se résume pas à déplacer des systèmes vers le nuage.

Le rapport consacre aussi une attention particulière à trois secteurs : les services financiers, le manufacturier et la santé. Ces domaines n’ont pas les mêmes contraintes, ni le même rythme d’adoption. La finance doit composer avec la conformité, la sécurité et la confiance. Le manufacturier cherche surtout des gains de productivité et d’automatisation. La santé, de son côté, doit concilier innovation, protection des données et continuité des services. Dans les trois cas, la technologie peut accélérer la performance, mais elle peut aussi exposer les faiblesses organisationnelles.

Cette 10e édition du Portrait TI 2026 raconte une histoire de maturité. Les entreprises canadiennes dépensent, adoptent et expérimentent. Mais l’avantage concurrentiel ne reviendra pas nécessairement à celles qui investissent le plus. Il ira plutôt à celles qui sauront aligner les TI avec la direction, relier chaque investissement à un objectif d’affaires mesurable, former leurs équipes et traiter les données, l’IA et la cybersécurité comme des enjeux de gouvernance. La technologie est maintenant dans la salle de décision. Reste à savoir si elle y est vraiment entendue.

*****

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire