OpenAI, Sam Altman et l’épineuse question des conflits d’intérêts de deux milliards

Credit : ChatGPT

Le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI vient de faire apparaître un nouvel élément sensible dans le débat sur la gouvernance de l’entreprise d’intelligence artificielle. Selon un document présenté devant un tribunal fédéral à Oakland, Sam Altman détient plus de 2 milliards de dollars américains en participations dans des entreprises qui ont fait affaire avec OpenAI. Le dirigeant affirme toutefois s’être récusé des discussions et décisions touchant les sociétés dans lesquelles il avait des intérêts financiers.

Ces informations ont été dévoilées dans le cadre de la poursuite déposée par Elon Musk, qui accuse OpenAI d’avoir trahi sa mission d’origine à but non lucratif en évoluant vers une structure commerciale. Musk réclame des dommages importants et demande le retrait d’Altman de ses fonctions d’officier et d’administrateur. OpenAI et Sam Altman rejettent ces accusations.

Le document judiciaire cité énumère neuf entreprises liées à Altman et ayant eu des relations commerciales avec OpenAI. Les participations les plus importantes concernent Helion Energy, une société de fusion nucléaire dans laquelle Altman détenait une participation évaluée à 1,7 milliard de dollars, Stripe, avec 633 millions de dollars, et Retro Biosciences, avec 258 millions de dollars. D’autres sociétés sont aussi mentionnées, dont Cerebras, Humane, Lattice, Software Applications et Formation Bio.

Le cas Helion attire particulièrement l’attention. Altman a expliqué avoir investi dans l’entreprise dès 2015 et connaître ses fondateurs. Il a aussi reconnu avoir demandé au conseil d’administration d’OpenAI d’examiner une collaboration avec Helion à la fin de 2022. Selon son témoignage, l’accord conclu en 2024 visant à sécuriser de l’énergie future pour OpenAI a été traité avec récusation de sa part. Il a ajouté ne pas avoir signé l’entente et s’être retiré du conseil d’administration d’Helion en mars 2026, alors que les deux entreprises exploraient une entente plus importante.

Les avocats d’Elon Musk ont aussi questionné Altman sur un partenariat de contenu conclu avec Reddit en mai 2024, ainsi que sur une entente informatique évaluée à 10 milliards de dollars avec Cerebras, une entreprise dans laquelle il détient une participation beaucoup plus modeste, évaluée à 3,2 millions de dollars. Dans le cas de Reddit, Altman a indiqué que les conditions finales devaient être approuvées par le conseil d’administration et que d’autres personnes participaient aux discussions.

Cette affaire dépasse maintenant le seul affrontement entre Musk et Altman. Dix procureurs généraux républicains, représentant notamment l’Alabama, la Floride, l’Idaho, l’Iowa, la Louisiane et le Montana, ont demandé à la Securities and Exchange Commission d’examiner de près les documents d’OpenAI avant une éventuelle entrée en Bourse. Leur argument central est que les investisseurs doivent être clairement informés des conflits d’intérêts potentiels touchant les dirigeants de l’entreprise.

La Chambre des représentants américaine s’intéresse aussi au dossier. Le comité de surveillance et de réforme gouvernementale a demandé à Altman des informations sur les politiques internes d’OpenAI visant à prévenir les conflits d’intérêts. Cette pression politique et réglementaire arrive à un moment délicat pour OpenAI, dont la valorisation et les ambitions commerciales alimentent déjà de nombreux débats sur la concentration du pouvoir dans l’intelligence artificielle.

Le cœur du problème n’est pas seulement de savoir si Sam Altman a respecté les règles formelles de récusation. La question est plus large : une entreprise devenue centrale dans l’économie de l’IA peut-elle convaincre investisseurs, partenaires et autorités que ses décisions sont prises dans l’intérêt de l’organisation, et non dans celui de ses dirigeants ou de leurs portefeuilles personnels ? Pour OpenAI, l’enjeu n’est donc pas uniquement judiciaire. Il touche directement à la confiance.

Source : Reuters

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