L’entreprise Figure AI transforme ses robots humanoïdes en spectacle viral

La robotique humanoïde vient de trouver son nouveau terrain de démonstration : le direct en continu. Depuis le 13 mai, la jeune pousse Figure AI diffuse sur YouTube ses robots Figure 03 en train de trier des colis, de lire des codes-barres et de les déposer sur un convoyeur. Une tâche répétitive, volontairement limitée, mais qui a suffi à capter l’attention d’une partie de l’internet techno.

Au départ, Figure AI prévoyait une démonstration de huit heures. Son patron, Brett Adcock, reconnaissait lui-même que l’exercice comportait de forts risques de bris ou d’échec. Or, les robots ont continué à travailler bien au-delà de cette fenêtre initiale, au point de transformer l’expérience en diffusion 24 heures sur 24. Sur YouTube, les spectateurs ont commencé à donner des noms aux robots, comme Bob, Frank ou Gary. L’entreprise a même rapidement lancé des produits dérivés à leur effigie.

Le dispositif est simple, mais efficace. Les robots doivent manipuler des boîtes et des enveloppes matelassées, vérifier l’orientation du code-barres et placer chaque colis correctement sur un tapis roulant. Figure affirme que l’opération est autonome, sans intervention humaine directe. Le système repose sur Helix 02, un réseau neuronal capable, selon l’entreprise, de coordonner les mouvements du robot et de soutenir des tâches de plus longue durée.

Cette autonomie reste toutefois difficile à vérifier de l’extérieur. Comme souvent avec les démonstrations de robots humanoïdes, le public voit le résultat, mais pas l’ensemble des conditions techniques. L’histoire récente de la robotique invite à la prudence, certains prototypes ayant déjà été présentés comme autonomes alors qu’ils dépendaient encore d’opérateurs humains à distance. Dans le cas de Figure, la diffusion en direct apporte un degré de transparence supérieur aux vidéos promotionnelles montées, puisqu’elle montre aussi les hésitations, les erreurs et les colis mal manipulés.

Le moment le plus médiatisé est survenu lorsque Figure a organisé un duel entre un robot et un humain. L’employé choisi, le stagiaire Aimé Gérard, a travaillé pendant dix heures dans le même type de tâche, avec des pauses conformes aux règles du travail en Californie. Résultat : l’humain a gagné, avec 12 924 colis triés contre 12 732 pour les robots. La différence est mince, mais révélatrice. Gérard a travaillé à un rythme moyen de 2,79 secondes par colis, contre 2,83 secondes pour les robots.

Brett Adcock a néanmoins présenté cette victoire humaine comme possiblement la dernière. La formule est spectaculaire, mais elle relève aussi de la communication. Les robots de Figure sont impressionnants dans un environnement contrôlé et pour une tâche bien définie. Cela ne signifie pas encore qu’ils peuvent remplacer des travailleurs humains dans des contextes variés, imprévisibles ou moins structurés.

C’est toute la question qui entoure la robotique humanoïde. Figure AI, comme plusieurs autres entreprises du secteur, mise sur l’idée que des robots à forme humaine pourront un jour accomplir une grande variété de tâches dans les entrepôts, les usines, les bureaux ou même les maisons. Pour y parvenir, ils devront démontrer qu’ils sont fiables, polyvalents, sécuritaires et économiquement compétitifs. Or, cette démonstration montre surtout une compétence précise : trier des colis dans un environnement préparé pour eux.

Figure AI n’en est pas à son premier essai industriel. En 2025, ses robots Figure 02 ont été déployés dans l’usine BMW de Spartanburg, en Caroline du Sud, où ils ont manipulé des pièces de tôle destinées à la production de véhicules X3. Selon BMW, ces robots ont participé à la fabrication de 30 000 véhicules pendant une période d’essai de onze mois. Cette expérience donne du poids aux ambitions de Figure, même si l’automobile et la logistique demeurent des environnements très encadrés.

La force de cette diffusion en direct tient donc autant à la technologie qu’à sa mise en scène. Figure AI a compris qu’un robot humanoïde qui travaille en continu, même lentement, devient un objet de fascination collective. Le public ne regarde pas seulement une machine trier des colis. Il observe une promesse : celle d’un travail automatisé qui s’approche, visuellement du moins, du geste humain.

Reste à voir si cette promesse résistera aux réalités du terrain. Les robots humanoïdes devront faire mieux qu’alimenter un direct viral. Ils devront prouver qu’ils peuvent être utiles au quotidien, sans supervision constante, dans des environnements moins prévisibles, à un coût acceptable. Pour l’instant, Figure AI a surtout réussi une chose : transformer une démonstration technique en événement médiatique. Et dans l’économie de l’attention, c’est déjà beaucoup.

Source : ars technica

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