
L’intelligence artificielle générative s’installe rapidement dans les habitudes numériques, autant chez les particuliers que dans les entreprises. Mais derrière l’enthousiasme pour ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot et les autres outils du genre, un enjeu moins visible prend de l’ampleur : leur empreinte environnementale. Pour Benoît Martel, PDG de R2I, cette question mérite d’être abordée de front, sans dramatisation, mais avec lucidité.
L’homme d’affaires dit y être sensible à la fois sur le plan personnel et professionnel. Il rappelle que R2I s’est engagée depuis plusieurs années dans des démarches de certification et de responsabilité environnementale, notamment avec ISO 26000 et ÉcoVadis. À ses yeux, l’IA générative n’est pas un phénomène marginal. C’est une technologie appelée à devenir difficile à éviter, ce qui rend d’autant plus important son usage réfléchi.
Le cœur de son message tient en une idée simple : toutes les demandes ne justifient pas le recours à l’IA générative. Pour une recherche simple, comme consulter les avis sur un restaurant, un moteur de recherche traditionnel peut donner un résultat suffisant avec une empreinte plus faible. Benoît Martel avance qu’une requête adressée à un outil d’IA générative peut demander en moyenne beaucoup plus d’énergie qu’une recherche classique. Il invite donc les utilisateurs à mieux choisir l’outil selon le besoin réel.
En entreprise, le problème prend une autre dimension. Si des dizaines ou des centaines d’employés posent les mêmes questions à des outils d’IA, l’effet cumulatif devient important. Le PDG recommande plutôt de structurer les connaissances internes, afin d’éviter la multiplication de requêtes répétitives et de permettre aux équipes de travailler à partir des mêmes informations. Cette approche permettrait à la fois de réduire l’empreinte numérique et d’améliorer la cohérence organisationnelle.
Benoît Martel observe aussi une adoption rapide, parfois alimentée par la nouveauté, parfois par une véritable recherche de productivité. Il cite l’exemple de la Caisse de dépôt, passée selon lui de 42 000 recherches avec des outils d’IA générative en 2024 à 1,8 million en 2025. Pour lui, ce type de progression illustre le caractère exponentiel de l’adoption actuelle. L’IA n’est plus seulement un gadget technologique, elle devient un outil de travail quotidien.
Cette croissance entraîne une pression majeure sur les infrastructures numériques. Les grands modèles exigent d’importantes capacités de calcul, de mémoire et de stockage. Selon Benoît Martel, cette demande contribue déjà à tendre le marché des équipements destinés aux centres de données. Il évoque des hausses de prix importantes et des délais de livraison qui peuvent maintenant atteindre plusieurs mois, voire un an pour certains équipements de stockage.
Cette situation ne touche pas seulement les géants de l’IA. Elle peut aussi freiner des entreprises qui ont besoin d’infrastructures pour offrir leurs propres services. Le paradoxe est là : l’IA promet des gains de productivité, mais l’accaparement des capacités technologiques par quelques grands acteurs peut compliquer l’accès aux ressources pour d’autres organisations. L’impact n’est donc pas uniquement écologique, il est aussi économique.
Dans ce contexte, R2I mise sur une approche infonuagique et hybride. Benoît Martel souligne que l’infonuagique peut offrir une réponse plus rapide aux entreprises qui doivent composer avec des délais d’approvisionnement plus longs. Pour certains clients encore attachés aux infrastructures traditionnelles, les contraintes actuelles pourraient accélérer le passage vers des solutions plus flexibles.
L’entretien a aussi permis d’aborder un autre aspect : les certifications ISO. Benoît Martel y voit un gage de qualité, de normalisation et d’amélioration continue. Ces certifications imposent des processus rigoureux, des audits réguliers et une culture d’entreprise centrée sur la constance. Pour une entreprise d’environ 70 employés, le fait d’avoir obtenu cinq certifications ISO constitue, selon lui, un élément distinctif important dans le marché canadien de l’infonuagique.
Cette rigueur est au cœur du positionnement de R2I. Benoît Martel explique que l’entreprise a voulu, dès ses premières années, être capable de servir des clients exigeants, notamment dans les secteurs bancaire, gouvernemental, de l’assurance et des grandes entreprises. Les certifications sont devenues un moyen de démontrer cette capacité, mais aussi de transformer les façons de travailler à l’interne.
Quant aux futurs développements de son entreprise, le PDG insiste davantage sur la continuité que sur les annonces spectaculaires. L’entreprise dit vouloir poursuivre l’amélioration de ses services, répondre aux besoins de ses clients et avancer prudemment avec l’intelligence artificielle. Pour Benoît Martel, la gouvernance, la sécurité et la protection des données doivent primer sur la simple recherche de performance.
Son message tient en un mot : rigueur. Dans un secteur où l’innovation avance vite, R2I préfère miser sur la prudence, la confiance et la constance. L’IA générative continuera de prendre de la place, mais son adoption devra s’accompagner d’une réflexion plus sérieuse sur ses coûts invisibles. Derrière chaque requête, il y a des serveurs, de l’énergie, des équipements et des choix collectifs à faire.
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Cet article est basé sur une entrevue réalisée avec Benoit Martel et diffusée la semaine dernière dans Mon Carnet et disponible ici pour écoute. R2i est partenaire de Mon Carnet.
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