Bernie Sanders veut faire payer les géants de l’IA en actions

Bernie Sanders veut transformer le débat sur l’intelligence artificielle en question de propriété collective. Dans une tribune publiée dans le New York Times, le sénateur indépendant du Vermont annonce son intention de présenter une loi créant un fonds souverain américain financé par les grandes entreprises d’IA. Son idée est radicale : imposer une taxe unique de 50 %, non pas sur les profits, mais sur les actions des entreprises dominantes du secteur.

La proposition vise des sociétés comme OpenAI, Anthropic, xAI et d’autres acteurs appelés à dominer l’économie de l’intelligence artificielle. Selon Sanders, l’IA générative ne s’est pas construite seule. Elle repose sur des décennies de connaissances humaines, de livres, de chansons, de textes journalistiques, d’œuvres artistiques, de codes informatiques, de recherches scientifiques, de vidéos, d’images et de conversations. Autrement dit, elle s’appuie sur un patrimoine collectif.

C’est précisément sur ce point que repose son argument central. Si les modèles d’IA ont été entraînés sur l’expérience et la production intellectuelle de millions de personnes, alors la richesse générée par ces systèmes ne devrait pas profiter uniquement aux fondateurs, investisseurs et actionnaires privés. Sanders estime que le public doit obtenir une part directe de cette valeur, sous forme de participation dans les entreprises qui en tirent profit.

Le mécanisme proposé serait celui d’un fonds souverain américain. Le gouvernement fédéral recevrait des actions des grandes entreprises d’IA et pourrait ainsi détenir des droits de vote, siéger aux conseils d’administration et participer aux décisions jugées déterminantes pour l’avenir de la technologie. Sanders affirme vouloir éviter que l’évolution de l’IA soit dictée uniquement par quelques milliardaires et fonds d’investissement.

Le sénateur cite les exemples de la Norvège et de l’Alaska pour défendre son approche. La Norvège a constitué l’un des plus importants fonds souverains au monde à partir de ses revenus pétroliers. L’Alaska verse depuis des décennies des dividendes à ses résidents grâce à un fonds alimenté par les revenus du pétrole. Pour Sanders, l’IA doit être traitée comme une ressource publique comparable, mais encore plus vaste, puisqu’elle repose sur la connaissance accumulée par l’humanité.

L’idée n’est pas entièrement isolée. OpenAI a déjà évoqué la création d’un fonds public permettant à tous les citoyens de bénéficier de la croissance économique générée par l’IA. Anthropic a aussi proposé des fonds souverains nationaux détenant des participations dans les entreprises d’IA. Elon Musk a, de son côté, défendu l’idée de revenus élevés versés par l’État pour répondre au chômage provoqué par l’automatisation.

La proposition risque toutefois de se heurter à une opposition politique et juridique majeure. Une prise de participation forcée de 50 % dans des entreprises privées soulèverait des questions sur la propriété, la gouvernance, la valorisation des sociétés, les droits des actionnaires et le rôle de l’État dans l’innovation. Elle poserait aussi un défi particulier pour les grands groupes dont l’IA n’est qu’une partie des activités, comme Microsoft, Google, Meta ou Amazon.

Mais l’intérêt de cette sortie politique est ailleurs. Sanders force le débat sur une question que l’industrie préfère souvent repousser : si l’IA provoque une création massive de richesse, qui en recevra les bénéfices? Les travailleurs remplacés par l’automatisation? Les créateurs dont les œuvres ont servi à entraîner les modèles? Les citoyens dont les données nourrissent les systèmes? Ou seulement les entreprises qui contrôlent les infrastructures, les modèles et les marchés?

Cette proposition ne garantit pas une réponse simple. Elle ouvre toutefois une nouvelle phase du débat politique sur l’IA. Après les discussions sur la sécurité, les biais, les droits d’auteur et l’énergie, voici maintenant celle de la propriété. Et pour Bernie Sanders, l’enjeu est clair : l’intelligence artificielle ne doit pas devenir une nouvelle machine à concentrer la richesse, mais un outil dont les gains seraient partagés avec la société qui l’a rendue possible.

Source : New York Times

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