IA dans les PME : commencer par les problèmes, pas par les outils

L’intelligence artificielle s’impose de plus en plus dans les discussions d’affaires, mais pour plusieurs PME, la question demeure très concrète : par où commencer ? Entre les promesses spectaculaires, les nouveaux outils qui apparaissent presque chaque semaine et la pression d’améliorer la productivité, il devient facile de confondre innovation utile et effet de mode.

Pour Hugues Mailhot, vice-président associé chez Explor.ai, la bonne approche consiste d’abord à ramener l’IA au terrain. Son entreprise accompagne les PME, notamment au Québec, dans l’identification des bons cas d’usage, la formation des employés, l’intégration technologique, la gouvernance et la cybersécurité. L’objectif n’est pas seulement de parler d’IA générative, mais de l’appliquer à des besoins réels.

Dans les PME, les premiers gains se trouvent souvent dans les tâches répétitives et peu valorisées. Hugues Mailhot cite notamment l’estimation, le traitement des appels d’offres, l’ordonnancement de production, l’automatisation des courriels de service à la clientèle ou encore le traitement des factures. Dans plusieurs entreprises, ces processus demeurent encore largement manuels, alors qu’une partie du travail pourrait être automatisée.

L’exemple de l’estimation est particulièrement parlant. Lorsqu’une entreprise reçoit un appel d’offres de 120 pages, des employés doivent souvent extraire manuellement l’information pertinente avant de préparer une soumission. Selon Hugues Mailhot, ce type de travail, lorsqu’il est répétitif et structuré, peut devenir un bon candidat pour l’automatisation. L’IA ne remplace pas nécessairement l’expertise, mais elle peut réduire le temps consacré à la saisie, au tri et à la transposition d’informations.

La question des données demeure centrale. Une PME qui ne possède aucune donnée structurée aura plus de difficulté à tirer profit de l’IA. Mais l’IA peut aussi servir à capter une partie du savoir interne. Hugues Mailhot donne l’exemple d’un employé expérimenté, comme un planificateur de production, dont les connaissances risquent de disparaître au moment de la retraite. En enregistrant des entrevues, en analysant les explications et en transformant ce savoir en règles ou en base de connaissances, une entreprise peut préserver une partie de son expertise.

Cette approche ouvre aussi la porte à des agents IA spécialisés. Ces agents peuvent accompagner les employés, faciliter la formation et automatiser certaines décisions dans un contexte précis. Ils peuvent, par exemple, classer un courriel, renommer une pièce jointe, sauvegarder un document dans SharePoint ou déclencher une action dans un système interne.

Les freins demeurent nombreux. Le budget, le manque de temps, la culture interne et la méconnaissance technologique ralentissent souvent les projets. Dans un contexte économique plus incertain, certaines entreprises coupent aussi dans les investissements, alors que l’IA pourrait justement les aider à gagner en productivité. Pour Hugues Mailhot, une difficulté revient souvent : les entrepreneurs ont tendance à voir un projet technologique comme un résultat binaire, qui fonctionne ou ne fonctionne pas, alors que l’implantation progresse souvent par étapes.

Le conseil central est donc de ne pas commencer par l’outil. Avant d’acheter une solution ou de multiplier les abonnements, les PME devraient cartographier leurs besoins. Quels départements perdent le plus de temps ? Quelles tâches sont répétitives ? Où l’entreprise est-elle sur le point d’embaucher parce que l’équipe est déjà au maximum ? Ces questions permettent de cibler les endroits où l’IA peut avoir un impact mesurable.

L’IA ne devrait pas être vue comme un raccourci magique. Elle demande une démarche structurée, une réflexion sur les données, une attention à la sécurité et une intégration avec les systèmes déjà en place. Pour les PME, le point de départ le plus réaliste consiste souvent à identifier une tâche précise, à mesurer le temps perdu, puis à avancer graduellement.

En somme, l’IA n’est pas seulement une affaire de technologie. C’est aussi une question d’organisation du travail, de transfert de connaissances et de productivité. Pour les PME, le défi n’est pas de tout transformer d’un coup, mais de choisir la bonne première marche.

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