À San Francisco, même 180 000 $ US ne suffisent plus toujours

À San Francisco, la nouvelle ruée vers l’intelligence artificielle transforme de nouveau le marché immobilier. Selon le New York Times, même des travailleurs du secteur technologique gagnant autour de 180 000 $ US par année disent avoir de plus en plus de mal à se loger et à se projeter dans la ville.

L’article cite notamment le cas de Katrine Razniak, employée dans le logiciel, et de son conjoint Adam Woodbury, ingénieur logiciel. Malgré des revenus annuels respectifs de 180 000 $ US et 185 000 $ US, le couple a abandonné après trois mois de recherche pour un appartement d’une chambre à moins de 5 000 $ US par mois. À une visite pour un logement affiché à 5 200 $ US, une trentaine de personnes s’étaient déjà inscrites en moins d’une heure.

Le phénomène s’explique en partie par l’arrivée d’une nouvelle vague de richesse liée à l’IA. OpenAI et Anthropic, deux entreprises basées à San Francisco, sont au cœur de cette dynamique. Selon le New York Times, leur éventuelle entrée en Bourse, combinée à celle de SpaceX, pourrait créer plus de 20 nouveaux milliardaires parmi les employés actuels et anciens, d’après une analyse de la firme Sacra.

La pression se voit déjà dans les chiffres immobiliers. Redfin indique que le prix médian d’une maison à San Francisco atteignait près de 1,7 million $ US pour les trois mois se terminant en mai 2026, en hausse de 16,1 % sur un an. La firme note aussi que San Francisco a repris en mars son titre de grand marché métropolitain le plus cher des États-Unis pour l’achat d’une propriété.

Le marché locatif suit la même trajectoire. Une étude de SmartAsset publiée en mars 2026 estimait que le loyer typique à San Francisco avait bondi de 3 362 $ US en 2025 à 3 830 $ US en 2026, ce qui plaçait la ville devant New York dans son classement.

Le coût de la vie amplifie encore le malaise. Le Council for Community and Economic Research présente son Cost of Living Index comme une référence historique pour comparer les coûts entre villes américaines. Le New York Times rapporte que San Francisco se situe 65,6 % au-dessus de la moyenne nationale, avec des écarts marqués pour le logement, les services publics, le transport et l’alimentation.

Ce qui frappe, ce n’est pas la pauvreté de ces travailleurs, mais leur sentiment de déclassement relatif. Dans une ville où les salaires moyens ont fortement augmenté avec la concentration des entreprises d’IA, un revenu à six chiffres ne garantit plus nécessairement l’accès à un logement confortable, à une vie familiale ou à l’achat d’une propriété.

San Francisco demeure pourtant difficile à quitter pour plusieurs. La ville concentre encore des emplois, des investisseurs, des réseaux professionnels et une culture technologique difficile à reproduire ailleurs. Certains acceptent donc des compromis importants pour rester près des occasions de carrière.

Mais l’article du New York Times montre un changement de perception : la Silicon Valley ne semble plus seulement opposer les travailleurs technos au reste de la population. Elle crée désormais une hiérarchie à l’intérieur même du secteur, entre les employés de l’IA les mieux capitalisés et ceux qui, malgré de très bons salaires, se demandent s’ils ont encore les moyens de rester.

Source : New York Times

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