
Selon Business Insider, des engins autonomes équipés par la jeune pousse Built Robotics participent à la construction d’une infrastructure solaire en Louisiane liée au futur centre de données Hyperion de Meta. Sur ce chantier situé dans une zone marécageuse du nord-est de l’État, ces machines modifiées peuvent enfoncer jusqu’à 1 000 pieux d’acier par jour.
Built Robotics ne fabrique pas les engins lourds eux-mêmes. L’entreprise de San Francisco, fondée en 2016, ajoute plutôt des capteurs, des caméras, du GPS et des logiciels à des machines existantes, notamment de marques comme Caterpillar. L’objectif est de leur permettre de fonctionner de façon autonome dans des zones de travail délimitées.
En Louisiane, ces machines de 72 tonnes servent à installer les fondations d’un site solaire qui doit contribuer à alimenter Hyperion, l’immense centre de données d’IA de Meta dans la paroisse de Richland. Le projet Hyperion s’étend sur 3 650 acres et devrait nécessiter environ 2 gigawatts d’électricité dans sa première phase d’exploitation, selon Business Insider. Built Robotics n’est toutefois pas un contractant direct de Meta.
Le chantier illustre un changement important dans la construction d’infrastructures énergétiques. Les robots de Built Robotics peuvent manipuler et enfoncer des poutres d’acier de 14 pieds pesant environ 200 livres chacune. Ces tâches, normalement très physiques et répétitives, exposent les travailleurs à des risques de blessures, surtout dans des conditions difficiles.
D’après Noah Ready-Campbell, cofondateur et chef de la direction de Built Robotics, les robots prennent en charge les parties les plus pénibles du travail. Sur le chantier de Louisiane, une dizaine de machines s’occupent de plus de la moitié des opérations de battage de pieux. Elles travaillent dans des secteurs boueux, parfois dans de l’eau ou de la vase jusqu’aux genoux, là où les conditions sont particulièrement difficiles pour les équipes humaines.
Les engins ne sont pas entièrement livrés à eux-mêmes. Ils sont surveillés par des travailleurs que Built Robotics compare à des contremaîtres de robots. Leur rôle consiste à superviser la flotte, assurer l’approvisionnement en carburant et en pieux d’acier, entretenir les machines et planifier les prochaines étapes du chantier. Les robots sont aussi programmés pour s’arrêter lorsqu’ils détectent une présence humaine potentielle dans la zone de travail.
L’intérêt pour ce type d’automatisation s’explique en partie par la pénurie de main-d’œuvre dans la construction. Selon les données citées par Business Insider, l’industrie américaine de la construction aurait besoin d’attirer 349 000 nouveaux travailleurs nets en 2026 pour répondre à la demande. Ready-Campbell affirme qu’un chantier équivalent nécessiterait normalement trois à quatre fois plus de travailleurs pour accomplir la même quantité de travail.
L’autre facteur est la pression énergétique liée à l’essor de l’intelligence artificielle. Les grands centres de données exigent d’énormes quantités d’électricité, ce qui pousse les entreprises technologiques à chercher des sources d’énergie dédiées, parfois directement associées aux sites qu’elles développent. Le solaire devient donc un terrain favorable pour les robots de construction, parce que les tâches y sont répétitives, les chantiers vastes et souvent éloignés.
Built Robotics affirme avoir déjà réalisé plus de 40 déploiements, surtout dans les projets solaires à grande échelle et les centres de données. L’entreprise a aussi signé un contrat de 75 millions de dollars avec Blattner Energy, un acteur important de la construction d’infrastructures d’énergie renouvelable aux États-Unis.
Cette automatisation ne signifie pas nécessairement la disparition des travailleurs humains. Le discours de Built Robotics est plutôt celui d’un déplacement des tâches : moins de manutention dangereuse, plus de supervision, de maintenance et de coordination. Reste à voir si cette promesse se traduira réellement par une amélioration des conditions de travail, ou surtout par une accélération des chantiers et une réduction des coûts pour les grands donneurs d’ordres.
Dans le cas de Meta, le symbole est fort. L’infrastructure physique nécessaire à l’IA, souvent présentée comme immatérielle, repose sur des milliers d’acres de terrain, des gigawatts d’électricité, des matériaux lourds et maintenant des robots capables de travailler jour et nuit. Derrière les modèles d’intelligence artificielle, il y a aussi une course très concrète à l’énergie et à la construction.
Source : Business Insider
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