Les affiches générées par IA envahissent les rues et les réseaux sociaux

Après les textes génériques, les images artificielles et les vidéos produites à la chaîne, un nouveau symptôme de la banalisation de l’IA générative attire l’attention : les affiches et les prospectus conçus avec ChatGPT.

Dans un article publié le 8 juillet 2026, Jason Koebler, de 404 Media, décrit ce qu’il appelle une « pandémie de flyers ChatGPT ». Le phénomène se voit autant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public : affiches de concerts, promotions de restaurants, invitations à des événements, publicités de petits commerces, campagnes de financement ou annonces locales. Une fois qu’on reconnaît le style, il devient difficile de ne plus le voir.

Le modèle visuel est souvent le même. Gros caractères très colorés sur fond sombre, images générées ou retouchées par IA, listes à puces avec icônes génériques, flèches, coches, mots soulignés, effets lumineux et slogans accrocheurs. Le résultat peut sembler professionnel au premier coup d’œil, mais plusieurs designers et internautes y voient surtout une esthétique répétitive, interchangeable et paresseuse.

La critique est proche de celle formulée contre les autres formes de contenus générés par IA à faible effort. Le problème n’est pas seulement que ces affiches soient produites par une machine. C’est qu’elles donnent l’impression qu’un commerce, un bar ou un organisateur d’événement n’a pas pris le temps de développer une identité visuelle propre. Pour certaines personnes, cela devient même un signal négatif : si la promotion semble générique, l’événement ou le service risque de l’être aussi.

La réaction s’organise déjà. Une entreprise de autocollants du New Jersey vend des étiquettes « Certified AI Bullshit » à coller sur les affiches jugées artificielles. À Dublin, le Thomas House Bar affirme ne plus accepter d’affiches générées par IA dans son établissement. D’autres lieux, notamment à Oakland, auraient adopté une position semblable. Sur les réseaux sociaux, des designers proposent même des services abordables aux petites entreprises qui veulent éviter ce style automatisé.

L’ironie, c’est que les mauvaises affiches ont toujours existé. Mais selon Jonathon Yule, directeur créatif chez Concrete à Toronto, cité par 404 Media, l’IA leur retire une partie de leur charme. Avant, une affiche maladroite pouvait trahir un manque de moyens, de temps ou d’expérience, tout en conservant une forme d’authenticité. Les créations générées par IA, elles, offrent une couche de vernis professionnel sans nécessairement transmettre une personnalité, une intention ou une émotion.

Le phénomène révèle aussi un malaise plus large. Les outils d’IA rendent la création plus accessible, ce qui peut être utile pour des petites organisations sans budget de design. Mais lorsque tout le monde utilise les mêmes modèles, les mêmes effets et les mêmes compositions, le paysage visuel devient uniforme. L’économie d’effort finit par coûter cher en crédibilité.

Il ne s’agit donc pas de rejeter systématiquement l’IA comme outil créatif. Utilisée avec jugement, elle peut aider à prototyper, à explorer des idées ou à accélérer certaines étapes. Mais lorsqu’elle remplace entièrement le regard humain, le résultat peut rapidement donner l’impression d’un contenu sans âme.

La prochaine bataille du design local pourrait ainsi se jouer autour d’une question très simple : est-ce qu’une affiche donne envie d’entrer, de participer, de soutenir ou de partager ? Si la réponse est non, peu importe que l’image ait été produite par ChatGPT, Canva, Photoshop ou un humain. Mais dans le cas des « flyers ChatGPT », le public semble de plus en plus capable de reconnaître la recette, et de s’en méfier.

Source : 404 media

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